Version imprimable PDF

Une unité commerciale peut vendre beaucoup et pourtant gagner peu. Mesurer la rentabilité, c'est rapprocher ce qu'elle gagne (ses marges, son bénéfice) de ce qu'elle met en oeuvre pour y parvenir : son chiffre d'affaires, ses rayons, ses mètres carrés, ses salariés, ses capitaux. C'est la base de toute décision commerciale : garder ou supprimer une référence, agrandir un rayon, lancer une opération commerciale.



Rentabilité et profitabilité : de quoi parle-t-on ?

 

Les deux termes sont souvent confondus. Ils ne mesurent pourtant pas la même chose :

  • La profitabilité rapporte un résultat au chiffre d'affaires. Elle répond à la question : « sur 100 € de ventes, combien reste-t-il ? ». Tous les soldes intermédiaires de gestion exprimés en pourcentage du chiffre d'affaires sont des indicateurs de profitabilité (taux de marge commerciale, taux d'EBE, taux de marge nette…).

  • La rentabilité rapporte un résultat aux moyens engagés pour l'obtenir : capitaux investis, surface de vente, effectif, coût d'une opération. Elle répond à la question : « chaque euro (ou chaque mètre carré, chaque vendeur) engagé rapporte combien ? ».

 

Indicateur

Formule

Ce qu'il mesure

Profitabilité

Résultat ÷ Chiffre d'affaires HT × 100

La part de chaque euro vendu qui reste à l'entreprise

Rentabilité

Résultat ÷ Moyens engagés × 100

Ce que rapporte chaque euro, mètre carré ou salarié engagé

 

Règle de lecture : un taux n'a de sens que comparé à quelque chose – l'exercice précédent, l'objectif fixé, les autres magasins du réseau, la moyenne du secteur. Un taux de marge nette de 3 % est faible dans le luxe et honorable dans la distribution alimentaire.



La profitabilité : les marges en pourcentage du chiffre d'affaires

 

Le compte de résultat et les soldes intermédiaires de gestion (voir le cours sur le compte de résultat) fournissent les résultats successifs de l'activité. Chacun, rapporté au chiffre d'affaires HT, donne un taux :

 

Taux

Calcul

Ce qu'il indique

Taux de marge commerciale

Marge commerciale ÷ CA HT × 100

avec Marge commerciale = Ventes de marchandises – Coût d'achat des marchandises vendues

La performance de l'achat et de la vente : négociation des prix d'achat, politique de prix, démarque.

Taux de valeur ajoutée

Valeur ajoutée ÷ CA HT × 100

Ce qui reste après les consommations externes (loyer, énergie, publicité, prestations…).

Taux d'EBE

Excédent brut d'exploitation ÷ CA HT × 100

La rentabilité de l'exploitation courante, avant amortissements et financement : c'est la trésorerie dégagée par l'activité.

Taux de résultat d'exploitation

Résultat d'exploitation ÷ CA HT × 100

La performance de l'activité après l'usure des équipements (dotations aux amortissements).

Taux de marge nette

Résultat net ÷ CA HT × 100

Ce qui reste réellement, après le coût de l'endettement et l'impôt.

 

Exemple. Déco'Line, magasin de décoration, réalise un chiffre d'affaires HT de 1 250 000 €. Le coût d'achat des marchandises vendues s'élève à 775 000 €, l'excédent brut d'exploitation à 108 000 € et le résultat net à 56 250 €.

  • Marge commerciale = 1 250 000 – 775 000 = 475 000 €, soit un taux de marge commerciale de 475 000 ÷ 1 250 000 × 100 = 38 % : sur 100 € vendus, 38 € restent pour couvrir les frais du magasin et dégager un résultat.

  • Taux d'EBE = 108 000 ÷ 1 250 000 × 100 = 8,6 %.

  • Taux de marge nette = 56 250 ÷ 1 250 000 × 100 = 4,5 %.

Lorsque le taux de marge commerciale se maintient mais que le taux d'EBE recule, le problème n'est pas dans l'achat-vente mais dans les charges du magasin (personnel, loyer, énergie).



La rentabilité économique et la rentabilité financière

 

Pour fonctionner, le magasin mobilise des capitaux : ceux apportés par les propriétaires (capitaux propres) et ceux prêtés par les banques (dettes financières). Ces capitaux financent les investissements (immobilisations) et le besoin en fonds de roulement (stocks et créances, déduction faite des dettes fournisseurs).

 

Indicateur

Calcul

Point de vue

Rentabilité économique

Résultat d'exploitation ÷ Capitaux investis × 100

Capitaux investis = Capitaux propres + Dettes financières = Immobilisations + BFR

Celui de l'entreprise : ce que rapporte l'ensemble des capitaux engagés dans l'activité, quelle que soit leur origine.

Rentabilité financière

Résultat net ÷ Capitaux propres × 100

Celui des propriétaires (associés, actionnaires, franchisé) : ce que rapporte l'argent qu'ils ont apporté.

 

Exemple (suite). Déco'Line dispose de 320 000 € de capitaux propres et de 130 000 € de dettes financières ; son résultat d'exploitation est de 80 000 €.

  • Capitaux investis = 320 000 + 130 000 = 450 000 €.

  • Rentabilité économique = 80 000 ÷ 450 000 × 100 = 17,8 % : chaque 100 € investis dans le magasin rapportent 17,80 € avant financement et impôt.

  • Rentabilité financière = 56 250 ÷ 320 000 × 100 = 17,6 % pour les propriétaires.

L'effet de levier. Tant que la rentabilité économique est supérieure au taux d'intérêt des emprunts, s'endetter améliore la rentabilité financière : les capitaux empruntés rapportent plus qu'ils ne coûtent, et le surplus revient aux propriétaires. Dans le cas contraire, l'endettement dégrade la rentabilité financière : c'est l'effet de massue.



La rentabilité des rayons, des produits et de la surface de vente

 

Le taux global du magasin cache des situations très différentes d'un rayon à l'autre. Le manageur analyse la rentabilité à un niveau plus fin pour décider des assortiments et des surfaces attribuées.

 

Indicateur

Calcul

Utilisation

Marge commerciale par rayon (ou par famille, par référence)

CA HT du rayon – Coût d'achat des marchandises vendues du rayon

Repérer les rayons qui font la marge du magasin, pas seulement ceux qui font le chiffre.

Taux de marge commerciale par rayon

Marge du rayon ÷ CA HT du rayon × 100

Comparer les rayons entre eux et avec le taux moyen du magasin.

Chiffre d'affaires au mètre carré

CA HT ÷ Surface de vente (en m²)

Mesurer le rendement de la surface : un rayon qui vend peu au m² occupe de la place qui rapporterait plus à un autre.

Marge au mètre carré

Marge commerciale ÷ Surface de vente (en m²)

L'indicateur le plus pertinent pour attribuer les surfaces : il combine volume de ventes et taux de marge.

Chiffre d'affaires par vendeur (ou par heure travaillée)

CA HT ÷ Effectif (ou ÷ nombre d'heures)

Mesurer la productivité commerciale de l'équipe et dimensionner les plannings.

Indice de rentabilité d'un rayon

Part du rayon dans la marge totale ÷ Part du rayon dans la surface totale

Supérieur à 1 : le rayon rapporte plus que la place qu'il occupe ; inférieur à 1 : il est sous-rentable.

 

Exemple (suite). Le rayon Luminaires de Déco'Line réalise 450 000 € de CA HT avec une marge de 189 000 € sur 120 m² ; le rayon Textile 300 000 € de CA et 99 000 € de marge sur 100 m².

  • Luminaires : taux de marge 42 % ; CA au m² = 450 000 ÷ 120 = 3 750 € ; marge au m² = 189 000 ÷ 120 = 1 575 €.

  • Textile : taux de marge 33 % ; CA au m² = 3 000 € ; marge au m² = 990 €.

Un mètre carré de Luminaires rapporte 585 € de marge de plus qu'un mètre carré de Textile : si l'espace le permet, le manageur a intérêt à élargir l'offre de luminaires, en vérifiant que la demande suit.



La rentabilité d'une action commerciale

 

Une opération commerciale (promotion, animation, mailing, salon, nouveau service) est rentable si la marge supplémentaire qu'elle génère dépasse son coût. On raisonne en marge additionnelle, jamais en chiffre d'affaires : une promotion qui double les ventes à prix sacrifié peut détruire de la marge.

 

Étape

Calcul

1. Coût de l'opération

Communication + remises accordées + heures supplémentaires + matériel + …

2. Marge additionnelle

CA additionnel HT × Taux de marge (ou marge sur coût variable)

3. Gain net

Marge additionnelle – Coût de l'opération

4. Retour sur investissement (ROI)

Gain net ÷ Coût de l'opération × 100

5. Chiffre d'affaires minimum (seuil de l'opération)

Coût de l'opération ÷ Taux de marge

 

Exemple (suite). La « Semaine déco » de Déco'Line a coûté 6 000 € et a généré 40 000 € HT de ventes supplémentaires, avec un taux de marge commerciale de 38 %.

  • Marge additionnelle = 40 000 × 38 % = 15 200 €.

  • Gain net = 15 200 – 6 000 = 9 200 €.

  • ROI = 9 200 ÷ 6 000 × 100 = 153 % : chaque euro engagé a rapporté 1,53 € de marge nette.

  • L'opération était rentable dès 6 000 ÷ 0,38 = 15 790 € de ventes supplémentaires.



Les leviers d'amélioration de la rentabilité

 

Le manageur agit sur trois familles de leviers, en surveillant les effets croisés : une hausse de prix améliore le taux de marge mais peut réduire les volumes.

 

Levier

Actions possibles

Indicateur à suivre

Augmenter la marge

Négocier les conditions d'achat, limiter les remises, enrichir le mix avec des produits à forte marge (marques propres, services), réduire la démarque.

Taux de marge commerciale, taux de démarque

Augmenter les volumes

Fréquentation (communication locale, digital), taux de transformation (accueil, conseil), panier moyen (ventes complémentaires, merchandising).

CA, panier moyen, taux de transformation

Maîtriser les charges

Adapter les plannings à la fréquentation, renégocier les contrats (énergie, nettoyage, loyer), limiter les stocks dormants.

Taux de frais de personnel, taux d'EBE, rotation des stocks

Mieux utiliser les moyens

Réattribuer les surfaces aux rayons les plus rentables au m², réduire le BFR (stocks, délais clients), céder les équipements inutiles.

Marge au m², rentabilité économique





La rentabilité de Déco'Line



Version imprimable PDF

Vous êtes assistant du manageur de Déco'Line, magasin de décoration de 400 m² situé à La Garde (Var). À la clôture de l'exercice N, il vous demande d'analyser la rentabilité du magasin, de ses trois rayons et de la dernière opération commerciale, à partir des documents 1 à 4.

Complétez les annexes 1 à 4. Les montants sont en euros ; les taux sont demandés en pourcentage avec au plus deux décimales (exemple : 12,5).


Document 1 : extraits du compte de résultat de l'exercice N (en €)

Ventes de marchandises (CA HT)1 250 000
Achats de marchandises760 000
Variation du stock de marchandises (stock initial – stock final)15 000
Autres achats et charges externes140 000
Impôts et taxes12 000
Charges de personnel215 000
Dotations aux amortissements28 000
Produits financiers1 000
Charges financières6 000
Impôt sur les bénéfices (25 % du résultat courant avant impôt)18 750

Document 2 : extraits du bilan au 31/12/N (en €)

Capitaux propres320 000
Dettes financières (emprunts)130 000
Immobilisations nettes300 000
Besoin en fonds de roulement150 000

Document 3 : résultats par rayon de l'exercice N

RayonCA HT (€)Coût d'achat des marchandises vendues (€)Surface de vente (m²)
Luminaires450 000261 000120
Textile300 000201 000100
Petit mobilier500 000313 000180

Document 4 : l'opération « Semaine déco »

Coût total de l'opération (communication, animation, heures supplémentaires) : 6 000 €.
Chiffre d'affaires HT supplémentaire généré pendant la semaine : 40 000 €.
Taux de marge commerciale moyen du magasin à retenir pour le calcul : 38 %.



Annexe 1 : la profitabilité du magasin

IndicateurMontant (€)En % du CA HT
Coût d'achat des marchandises vendues
Marge commerciale %
Excédent brut d'exploitation %
Résultat d'exploitation %
Résultat net %

Annexe 2 : la rentabilité des capitaux

Capitaux investis (€)
Rentabilité économique (%) %
Rentabilité financière (%) %

Annexe 3 : la rentabilité des rayons

RayonMarge commerciale (€)Taux de marge commerciale (%)Marge au m² (€)
Luminaires %
Textile %
Petit mobilier %

Quel rayon est le plus rentable par mètre carré de surface de vente ?


Annexe 4 : la rentabilité de l'opération « Semaine déco »

Marge additionnelle (€)
Gain net de l'opération (€)
Retour sur investissement (%) %
Chiffre d'affaires HT minimum pour que l'opération soit rentable (€)

L'opération « Semaine déco » était-elle rentable ?