Le seuil de rentabilité est le chiffre d’affaires pour lequel l’entreprise ne réalise ni bénéfice ni perte : son résultat est nul. En dessous, elle perd de l’argent ; au-dessus, chaque vente supplémentaire dégage un bénéfice. Le connaître permet de fixer des objectifs de vente réalistes, de savoir à quelle date de l’année l’activité devient bénéficiaire et de juger si une opération commerciale (salon, animation, ouverture d’un rayon) vaut la peine d’être lancée.
Charges fixes et charges variables
Pour calculer le seuil, on sépare les charges selon leur comportement face aux ventes.
Les charges variables évoluent avec le chiffre d’affaires : le coût d’achat des marchandises vendues, les commissions des vendeurs, les emballages, les frais de livraison payés par commande, les commissions bancaires sur les paiements par carte.
Les charges fixes (ou de structure) ne dépendent pas du niveau des ventes, au moins à court terme : loyer, assurances, salaires fixes, abonnements, amortissements du matériel et de l’agencement.
Certaines charges sont mixtes (ou semi-variables) : une partie fixe et une partie variable, comme un salaire avec un fixe et une prime sur les ventes, ou l’énergie. L’énoncé indique alors la part de chacune : on répartit le montant total entre partie fixe et partie variable (montant × pourcentage), puis on additionne chaque partie aux autres charges de même nature.
Le compte de résultat différentiel
Le compte de résultat différentiel présente les charges par comportement et fait apparaître la marge sur coût variable (MSCV), ce qui reste du chiffre d’affaires une fois les charges variables payées pour couvrir les charges fixes, puis dégager un bénéfice.
| Éléments | Montants | % du CA |
|---|---|---|
Chiffre d’affaires HT | 10 000 € | 100 % |
– Charges variables | 4 000 € | 40 % |
= Marge sur coût variable | 6 000 € | 60 % |
– Charges fixes | 5 000 € | 50 % |
= Résultat | 1 000 € | 10 % |
Marge sur coût variable = chiffre d’affaires HT – charges variables
Taux de marge sur coût variable = MSCV ÷ CA HT (ici 6 000 ÷ 10 000 = 0,6, soit 60 %)
MSCV unitaire = prix de vente HT – charges variables unitaires
Le taux de MSCV reste constant tant que le prix de vente et les charges variables unitaires ne changent pas : sur 100 € de ventes supplémentaires, l’entreprise garde 60 € pour couvrir ses charges fixes.
Calculer le seuil de rentabilité
Au seuil, la marge sur coût variable couvre exactement les charges fixes. On en déduit les formules :
Seuil de rentabilité en valeur = charges fixes ÷ taux de MSCV
Seuil de rentabilité en volume = seuil en valeur ÷ prix de vente HT = charges fixes ÷ MSCV unitaire
Avec l’exemple (prix de vente HT : 25 € ; charges variables : 10 € par article) : seuil = 5 000 ÷ 0,6 = 8 333,33 € ; en volume, 8 333,33 ÷ 25 = 333,33, ou 5 000 ÷ (25 – 10) = 333,33, soit 334 articles : on arrondit toujours à l’unité supérieure, car 333 articles laisseraient encore une petite perte.
On peut retrouver le seuil de rentabilité en valeur en remontant le compte de résultat différentiel du bas vers le haut : on part d’un résultat nul ; les charges fixes sont les mêmes ; la MSCV doit donc les égaler ; le taux de MSCV permet ensuite de passer de la MSCV au chiffre d’affaires (en divisant par 0,6).
| Éléments | Au seuil de rentabilité | Calcul |
|---|---|---|
Chiffre d’affaires HT | 8 333,33 € | 5 000 ÷ 0,6 |
– Charges variables | 3 333,33 € | 8 333,33 – 5 000 |
= Marge sur coût variable | 5 000 € | 0 + 5 000 |
– Charges fixes | 5 000 € | inchangées |
= Résultat | 0 € | point de départ |
Le point mort : la date à laquelle le seuil est atteint
Le point mort est le moment de l’année où le chiffre d’affaires cumulé atteint le seuil de rentabilité. Quand l’activité est régulière, on le calcule en mois :
Point mort (en mois) = seuil de rentabilité × 12 ÷ chiffre d’affaires HT annuel
Pour le convertir en date : la partie entière donne le nombre de mois entièrement écoulés ; la partie décimale × 30 (mois commercial de 30 jours) donne le jour du mois suivant, arrondi au jour supérieur. Exemple : un point mort de 7,35 mois correspond à 7 mois écoulés (fin juillet) puis 0,35 × 30 = 10,5 jours, soit le 11 août, si l’exercice commence le 1er janvier. Dans l’exemple du cours, 8 333,33 × 12 ÷ 10 000 = 10 mois tout juste : le seuil est atteint le 31 octobre.
Si l’entreprise ferme une partie de l’année, on remplace 12 par le nombre de mois d’activité ; pour une opération de quelques jours (salon, animation), on raisonne en jours : point mort = seuil × durée de l’opération ÷ chiffre d’affaires de l’opération.
Le point mort d’une activité saisonnière
Quand les ventes sont irrégulières, la formule en mois donne une date fausse. On cumule alors le chiffre d’affaires mois par mois jusqu’à dépasser le seuil, puis on calcule la fraction du mois nécessaire.
Exemple. Une boutique de bord de mer réalise 240 000 € de chiffre d’affaires HT dans l’année, avec un taux de MSCV de 40 % et 72 000 € de charges fixes : seuil = 72 000 ÷ 0,40 = 180 000 €. Si l’activité était régulière, le point mort tomberait au bout de 180 000 × 12 ÷ 240 000 = 9 mois, le 30 septembre. Mais les ventes se concentrent sur l’été :
| Mois | Janv. | Févr. | Mars | Avril | Mai | Juin | Juil. | Août |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
CA HT du mois | 8 000 | 8 000 | 12 000 | 18 000 | 22 000 | 30 000 | 40 000 | 44 000 |
CA cumulé | 8 000 | 16 000 | 28 000 | 46 000 | 68 000 | 98 000 | 138 000 | 182 000 |
Le cumul atteint 138 000 € fin juillet et 182 000 € fin août : le seuil est franchi en août. Il manque 180 000 – 138 000 = 42 000 €, réalisés en 42 000 ÷ 44 000 × 30 = 28,6 jours : le point mort tombe le 29 août, un mois plus tôt que le calcul en activité régulière.
Marge de sécurité et indice de sécurité
Ils mesurent la distance qui sépare l’activité du seuil : de combien les ventes peuvent baisser avant que l’entreprise ne soit en perte.
Marge de sécurité = chiffre d’affaires HT – seuil de rentabilité
Indice de sécurité = marge de sécurité ÷ chiffre d’affaires HT × 100
Exemple : 10 000 – 8 333,33 = 1 666,67 € de marge de sécurité, soit un indice de 16,67 % : le chiffre d’affaires peut baisser de 16,67 % avant que l’entreprise ne perde de l’argent. Contrôle : marge de sécurité × taux de MSCV = 1 666,67 × 0,6 = 1 000 €, le résultat.
Fixer un objectif et agir sur le seuil
Objectif de bénéfice : la MSCV doit couvrir les charges fixes et le bénéfice visé, d’où chiffre d’affaires nécessaire = (charges fixes + bénéfice visé) ÷ taux de MSCV. Pour un bénéfice de 2 000 € : (5 000 + 2 000) ÷ 0,6 = 11 666,67 €, soit 467 articles à 25 €.
Nouvelle charge fixe : le seuil monte de la charge ÷ taux de MSCV. Avec 1 200 € de charges fixes en plus (un salarié à temps partiel quelques semaines, par exemple), le seuil passe à 6 200 ÷ 0,6 = 10 333,33 € : avec 10 000 € de ventes, l’entreprise serait en perte de 200 €.
Leviers pour abaisser le seuil : augmenter le taux de MSCV (prix de vente plus élevé, achats mieux négociés, moins de remises), réduire les charges fixes ; augmenter les ventes ne change pas le seuil mais éloigne l’entreprise de celui-ci.
Le seuil d’une opération commerciale
Pour une opération ponctuelle, les charges fixes sont celles engagées pour l’opération, quel que soit le nombre de ventes (location du stand, communication, salaire du vendeur présent) ; les charges variables sont celles données par article vendu. Exemple : un stand de salon coûte 1 200 € et la présence d’un vendeur 400 € ; un article vendu 120 € HT coûte 70 € HT : MSCV unitaire = 50 € ; il faut vendre 1 600 ÷ 50 = 32 articles pour que l’opération soit rentable.
L'essentiel à retenir
- MSCV = CA HT – charges variables ; taux de MSCV = MSCV ÷ CA HT ; les charges mixtes se répartissent entre partie fixe et partie variable.
- Seuil de rentabilité = charges fixes ÷ taux de MSCV ; en volume : seuil ÷ prix unitaire HT (ou charges fixes ÷ MSCV unitaire), arrondi à l'unité supérieure.
- Point mort = seuil × 12 ÷ CA annuel (en mois), puis partie décimale × 30 pour le jour ; activité saisonnière : cumul du CA mois par mois.
- Marge de sécurité = CA – seuil ; indice de sécurité = marge de sécurité ÷ CA × 100 ; CA pour un bénéfice visé = (charges fixes + bénéfice) ÷ taux de MSCV.