Cours · BTS MCO · Bloc 3

Le seuil de rentabilité

Le seuil de rentabilité est le chiffre d’affaires pour lequel l’entreprise ne réalise ni bénéfice ni perte : son résultat est nul. En dessous, elle perd de l’argent ; au-dessus, chaque vente supplémentaire dégage un bénéfice. Le connaître permet de fixer des objectifs de vente réalistes, de savoir à quelle date de l’année l’activité devient bénéficiaire et de juger si une opération commerciale (salon, animation, ouverture d’un rayon) vaut la peine d’être lancée.

Charges fixes et charges variables

Pour calculer le seuil, on sépare les charges selon leur comportement face aux ventes.

Comparaison : charges fixes ou de structure, qui ne sont pas liées aux ventes (loyer, amortissements du matériel, salaire de la secrétaire) ; charges variables, qui dépendent des ventes (matière première, marchandise, commissions des vendeurs).
Schéma 1. Pour calculer le seuil, on sépare les charges fixes des charges variables.
  • Les charges variables évoluent avec le chiffre d’affaires : le coût d’achat des marchandises vendues, les commissions des vendeurs, les emballages, les frais de livraison payés par commande, les commissions bancaires sur les paiements par carte.

  • Les charges fixes (ou de structure) ne dépendent pas du niveau des ventes, au moins à court terme : loyer, assurances, salaires fixes, abonnements, amortissements du matériel et de l’agencement.

Certaines charges sont mixtes (ou semi-variables) : une partie fixe et une partie variable, comme un salaire avec un fixe et une prime sur les ventes, ou l’énergie. L’énoncé indique alors la part de chacune : on répartit le montant total entre partie fixe et partie variable (montant × pourcentage), puis on additionne chaque partie aux autres charges de même nature.

Le compte de résultat différentiel

Le compte de résultat différentiel présente les charges par comportement et fait apparaître la marge sur coût variable (MSCV), ce qui reste du chiffre d’affaires une fois les charges variables payées pour couvrir les charges fixes, puis dégager un bénéfice.

ÉlémentsMontants% du CA

Chiffre d’affaires HT

10 000 €

100 %

– Charges variables

4 000 €

40 %

= Marge sur coût variable

6 000 €

60 %

– Charges fixes

5 000 €

50 %

= Résultat

1 000 €

10 %

Marge sur coût variable = chiffre d’affaires HT – charges variables

Taux de marge sur coût variable = MSCV ÷ CA HT (ici 6 000 ÷ 10 000 = 0,6, soit 60 %)

MSCV unitaire = prix de vente HT – charges variables unitaires

Le taux de MSCV reste constant tant que le prix de vente et les charges variables unitaires ne changent pas : sur 100 € de ventes supplémentaires, l’entreprise garde 60 € pour couvrir ses charges fixes.

Calculer le seuil de rentabilité

Au seuil, la marge sur coût variable couvre exactement les charges fixes. On en déduit les formules :

Seuil de rentabilité en valeur = charges fixes ÷ taux de MSCV

Seuil de rentabilité en volume = seuil en valeur ÷ prix de vente HT = charges fixes ÷ MSCV unitaire

Avec l’exemple (prix de vente HT : 25 € ; charges variables : 10 € par article) : seuil = 5 000 ÷ 0,6 = 8 333,33 € ; en volume, 8 333,33 ÷ 25 = 333,33, ou 5 000 ÷ (25 – 10) = 333,33, soit 334 articles : on arrondit toujours à l’unité supérieure, car 333 articles laisseraient encore une petite perte.

Quatre calculs : coefficient de marge sur coût variable = MSCV ÷ CA HT = 6 000 ÷ 10 000 = 0,6 ; seuil de rentabilité en valeur = charges fixes ÷ coefficient = 5 000 ÷ 0,6 = 8 333,33 € ; seuil en volume = seuil en valeur ÷ prix de vente HT = 8 333,33 ÷ 25 = 333,33, soit 334 unités ; point mort = seuil × durée ÷ CA HT = 8 333,33 × 12 ÷ 10 000 = 10 mois.
Schéma 2. Les quatre calculs appliqués à l’exemple ; le prix de vente HT de 25 € et la durée de 12 mois sont un exemple chiffré.

On peut retrouver le seuil de rentabilité en valeur en remontant le compte de résultat différentiel du bas vers le haut : on part d’un résultat nul ; les charges fixes sont les mêmes ; la MSCV doit donc les égaler ; le taux de MSCV permet ensuite de passer de la MSCV au chiffre d’affaires (en divisant par 0,6).

ÉlémentsAu seuil de rentabilitéCalcul

Chiffre d’affaires HT

8 333,33 €

5 000 ÷ 0,6

– Charges variables

3 333,33 €

8 333,33 – 5 000

= Marge sur coût variable

5 000 €

0 + 5 000

– Charges fixes

5 000 €

inchangées

= Résultat

0 €

point de départ

Graphique : en abscisse le chiffre d’affaires HT de 0 à 12 000 €, en ordonnée les montants. La marge sur coût variable (0,6 × CA) croît de 0 à 7 200 € ; les charges fixes restent à 5 000 €. Les deux droites se croisent au seuil de rentabilité, 8 333,33 € de chiffre d’affaires. Pour 10 000 € de chiffre d’affaires, la marge sur coût variable atteint 6 000 € : le résultat est de 1 000 €.
Schéma 3. Le seuil est atteint quand la marge sur coût variable couvre les charges fixes : en dessous, perte ; au-dessus, bénéfice.

Le point mort : la date à laquelle le seuil est atteint

Le point mort est le moment de l’année où le chiffre d’affaires cumulé atteint le seuil de rentabilité. Quand l’activité est régulière, on le calcule en mois :

Point mort (en mois) = seuil de rentabilité × 12 ÷ chiffre d’affaires HT annuel

Pour le convertir en date : la partie entière donne le nombre de mois entièrement écoulés ; la partie décimale × 30 (mois commercial de 30 jours) donne le jour du mois suivant, arrondi au jour supérieur. Exemple : un point mort de 7,35 mois correspond à 7 mois écoulés (fin juillet) puis 0,35 × 30 = 10,5 jours, soit le 11 août, si l’exercice commence le 1er janvier. Dans l’exemple du cours, 8 333,33 × 12 ÷ 10 000 = 10 mois tout juste : le seuil est atteint le 31 octobre.

Si l’entreprise ferme une partie de l’année, on remplace 12 par le nombre de mois d’activité ; pour une opération de quelques jours (salon, animation), on raisonne en jours : point mort = seuil × durée de l’opération ÷ chiffre d’affaires de l’opération.

Le point mort d’une activité saisonnière

Quand les ventes sont irrégulières, la formule en mois donne une date fausse. On cumule alors le chiffre d’affaires mois par mois jusqu’à dépasser le seuil, puis on calcule la fraction du mois nécessaire.

Exemple. Une boutique de bord de mer réalise 240 000 € de chiffre d’affaires HT dans l’année, avec un taux de MSCV de 40 % et 72 000 € de charges fixes : seuil = 72 000 ÷ 0,40 = 180 000 €. Si l’activité était régulière, le point mort tomberait au bout de 180 000 × 12 ÷ 240 000 = 9 mois, le 30 septembre. Mais les ventes se concentrent sur l’été :

MoisJanv.Févr.Mars AvrilMaiJuinJuil.Août

CA HT du mois

8 000

8 000

12 000

18 000

22 000

30 000

40 000

44 000

CA cumulé

8 000

16 000

28 000

46 000

68 000

98 000

138 000

182 000

Le cumul atteint 138 000 € fin juillet et 182 000 € fin août : le seuil est franchi en août. Il manque 180 000 – 138 000 = 42 000 €, réalisés en 42 000 ÷ 44 000 × 30 = 28,6 jours : le point mort tombe le 29 août, un mois plus tôt que le calcul en activité régulière.

Graphique du chiffre d’affaires HT cumulé, de janvier à décembre : 8 000, 16 000, 28 000, 46 000, 68 000, 98 000, 138 000, 182 000 fin août, 202 000, 216 000, 226 000 et 240 000 euros fin décembre. Le seuil de rentabilité, 180 000 euros, est franchi fin août (point mort le 29 août). Une activité régulière (20 000 euros par mois) ne l’atteindrait que fin septembre.
Schéma 4. Le chiffre d’affaires cumulé de la boutique de bord de mer atteint le seuil de rentabilité le 29 août, un mois plus tôt que si l’activité était régulière (exemple chiffré).

Marge de sécurité et indice de sécurité

Ils mesurent la distance qui sépare l’activité du seuil : de combien les ventes peuvent baisser avant que l’entreprise ne soit en perte.

Marge de sécurité = chiffre d’affaires HT – seuil de rentabilité

Indice de sécurité = marge de sécurité ÷ chiffre d’affaires HT × 100

Exemple : 10 000 – 8 333,33 = 1 666,67 € de marge de sécurité, soit un indice de 16,67 % : le chiffre d’affaires peut baisser de 16,67 % avant que l’entreprise ne perde de l’argent. Contrôle : marge de sécurité × taux de MSCV = 1 666,67 × 0,6 = 1 000 €, le résultat.

Fixer un objectif et agir sur le seuil

  • Objectif de bénéfice : la MSCV doit couvrir les charges fixes et le bénéfice visé, d’où chiffre d’affaires nécessaire = (charges fixes + bénéfice visé) ÷ taux de MSCV. Pour un bénéfice de 2 000 € : (5 000 + 2 000) ÷ 0,6 = 11 666,67 €, soit 467 articles à 25 €.

  • Nouvelle charge fixe : le seuil monte de la charge ÷ taux de MSCV. Avec 1 200 € de charges fixes en plus (un salarié à temps partiel quelques semaines, par exemple), le seuil passe à 6 200 ÷ 0,6 = 10 333,33 € : avec 10 000 € de ventes, l’entreprise serait en perte de 200 €.

  • Leviers pour abaisser le seuil : augmenter le taux de MSCV (prix de vente plus élevé, achats mieux négociés, moins de remises), réduire les charges fixes ; augmenter les ventes ne change pas le seuil mais éloigne l’entreprise de celui-ci.

Le seuil d’une opération commerciale

Pour une opération ponctuelle, les charges fixes sont celles engagées pour l’opération, quel que soit le nombre de ventes (location du stand, communication, salaire du vendeur présent) ; les charges variables sont celles données par article vendu. Exemple : un stand de salon coûte 1 200 € et la présence d’un vendeur 400 € ; un article vendu 120 € HT coûte 70 € HT : MSCV unitaire = 50 € ; il faut vendre 1 600 ÷ 50 = 32 articles pour que l’opération soit rentable.

Exercices auto-corrigés



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Application 1 :

Votre responsable vous communique (Document 1) des informations concernant le département dans lequel vous travaillez.


Travail à réaliser :

Vous devez calculer le nombre de produits à commercialiser pour ne pas subir de perte comptable.


Quel est le nombre de produits qui permet de réaliser un bénéfice de 20 000 € ?



Document 1 :


Le prix de vente moyen d’un produit est de 120 € TTC (TVA : 20 %).

Vous en avez vendu 2 350 unités l’année N.


Tableaux des charges :



CHARGES

TOTAL

Charges variables

Charges fixes

%

Montant

%

Montant

Achat de matière première

120 000

100 %




Autres achats et charges externes

24 000

40 %


60 %


Impôts et taxes

3 000



100 %


Charges de personnel

63 000

10 %


90 %


Dotations aux amortissements

4 400



100 %


Autres charges

3 100

15 %


85 %


Charges financières

3 500



100 %


TOTAL










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Application 2 :


1) À partir des éléments fournis dans le document 2, déterminez le jour où le seuil de rentabilité est atteint.




Document 2 :


L’entreprise est ouverte 12 mois par an et commercialise une offre au prix de 45 € HT.

L’année N, elle a vendu 3 400 unités.

Le produit a un coût d’achat de 25 € l’unité.

Les charges de structure sont de 56 000 €.







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Application 3 (d’après un sujet d’examen):


UWL est une entreprise créée en 1994 près de La Rochelle par Thomas et Renaud Cardinal, passionnés par la fabrication de planches de surf pour la glisse d’été. UWL est devenue l’une des plus grandes unités de fabrication de planches de surf en Europe, avec une solide réputation de performance et de qualité.



UWL envisage d’inviter à La Rochelle un shaper Californien, Malcolm Campbell, renommé dans le monde du surf, pour préparer des planches dans son unité de production. Le produit sera alors unique, de grande qualité et parfaitement personnalisé au profil du client.


La venue du shaper est l’occasion de créer un événement commercial et d’inviter des revendeurs et des particuliers. L’événement sera d’autant plus important que l’entreprise va faire préparer des planches « BioBoard », dernière innovation de l’entreprise.

UWL annonce l’événement sur son site Internet et met en place une opération d’e-mailing.



1) Indiquez combien de planches devront être vendues pour que l’opération soit rentable.



Annexe : Éléments du calcul prévisionnel de la rentabilité de l’opération commerciale


Intervention du shaper californien Malcolm Campbell

Le shaper est un artisan et surfeur qui finalise la fabrication de la planche de surf. Son déplacement et sa renommée vont générer des frais pour l’entreprise. La campagne d’e-mailing autour de l’événement va aussi générer des charges.

À l’issue de cette manifestation, on souhaite vendre des planches Bio « BioBoard » préparées par le shaper, personnalisées et uniques.

Nous prévoyons de vendre suite à cette manifestation 30 planches Bio préparées par notre shaper californien au prix de vente moyen de 740 € HT.



Les différentes charges liées à l’événement sont calculées par le responsable de l’entreprise :



Coût de fabrication de la planche Bio

290 €

Honoraires facturés par le shaper par planche

310 €

Coût des consommations d’énergie par planche préparée

2 €

Frais de transport du shaper : billet d’avion

1 300 €

Hébergement et nourriture du shaper durant le séjour

300 €

Réalisation de la page Web pour annoncer la venue du Shaper

800 €

Réalisation et impression des plaquettes à déposer chez nos revendeurs

200 €

Encart dans la presse spécialisée

150 €

Coût de revient du e-mailing

150 €

Charges fixes de structure afférentes au magasin

50 €

Amortissements (fixe) des machines de fabrication des planches

150 €







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Application 4 (d’après sujet d’examen):



La société Fitnessform, située à Montbéliard, a ouvert ses portes le 5 juin 1990.

Plus qu’un club de sport, qu’un centre de remise en forme ou qu’un institut de thalassothérapie, Fitnessform est un réel concept centré sur la « Santé-Famille ».

Ses clients bénéficient d’un matériel performant et d’un encadrement compétent.


1) Déterminer le prix de vente HT d’un trampoline.


2) Calculez le nombre minimal de clients pour ne pas être en perte.



Annexe A : Éléments financiers

Coût d’achat d’un trampoline à notre fournisseur : 450 € HT

Taux de marge : 20 %

Votre responsable commercial compte vendre 800 trampolines la première année, ce qui correspond à 40 clients équipés. Chaque client commande en moyenne 20 trampolines et une formation.

Tarif moyen d’une formation : 460 € HT



Annexe B : Charges prévisionnelles relatives à l’opération « trampolines »



Rémunération variable du commercial

2 % du CA net hors CA formation

Rémunération fixe du commercial à imputer à l’opération

2 420 €

Rémunération du personnel administratif à imputer à l’opération

3 000 €

Coût fixe de traitement des 40 commandes

836 €

Budget communication

3 750 €



Remarque : Les charges sociales s’élèvent à 50 % des rémunérations versées.




Le seuil de rentabilité d'un salon de thé


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Le salon de thé « Les Jardins » prévoit pour l'année N un chiffre d'affaires de 540 000 € HT, des charges variables de 324 000 € et des charges fixes de 162 000 €. Le prix moyen d'une consommation est de 9 € HT. L'activité est régulière sur 12 mois. Vous complétez l'annexe 1.


Annexe 1

QuestionRéponse
Marge sur coût variable (€)
Taux de marge sur coût variable (%)
Seuil de rentabilité en valeur (€)
Seuil de rentabilité en nombre de consommations
Point mort (en mois, une décimale)
Marge de sécurité (€)
Résultat prévisionnel (€)
Nouveau seuil si les charges fixes augmentent de 27 000 € (€)

Si le prix moyen augmente sans changer les quantités ni les charges fixes, le seuil de rentabilité…