Un budget est une prévision chiffrée, mois par mois, de l’activité de l’unité commerciale et de ses conséquences financières. Construire les budgets permet de savoir à l’avance si l’entreprise aura assez d’argent pour payer ses fournisseurs, ses salariés et l’État, et de prévoir une solution avant qu’un découvert n’apparaisse.
Les principes de la démarche budgétaire
Le budget de trésorerie, aboutissement de la démarche, consiste à prévoir si l’entreprise disposera de suffisamment de trésorerie (argent disponible en banque et en caisse) pour faire face à ses obligations. Le gestionnaire anticipe pour cela les encaissements (l’argent qui entre) et les décaissements (l’argent qui sort).
La démarche ne s’arrête pas aux prévisions : chaque mois, le contrôle budgétaire compare le réalisé au prévu, calcule les écarts et corrige les budgets des mois suivants.
Les principaux budgets
Les budgets se présentent sous forme de tableaux, une colonne par mois. On veut aboutir au budget de trésorerie, de la forme suivante :
| Janvier | Février | … | Décembre | |
|---|---|---|---|---|
Trésorerie initiale | ||||
+ Encaissements | ||||
– Décaissements | ||||
= Trésorerie finale |
Pour connaître les encaissements et les décaissements, il faut construire l’ensemble des budgets de l’année, dans un ordre précis : chacun utilise les résultats du précédent.
Deux règles guident tous ces calculs :
les budgets des encaissements, des décaissements et de trésorerie raisonnent toutes taxes comprises : le client paie le prix TTC, l’entreprise paie ses fournisseurs TTC ;
chaque montant se place au mois de son paiement, pas au mois de la facture.
Un exemple complet : le budget du premier trimestre
Maison Solène, boutique de décoration et d’art de la table, prépare son budget de trésorerie de janvier à mars. Les prévisions sont les suivantes (TVA à 20 %) :
ventes HT : 60 000 € en janvier, 50 000 € en février, 70 000 € en mars ; les clients paient 40 % comptant et 60 % le mois suivant ; au 1er janvier, il reste 45 000 € de créances clients (ventes de décembre) ;
achats de marchandises HT : 36 000 €, 30 000 € puis 42 000 €, payés aux fournisseurs le mois suivant ; les dettes fournisseurs de décembre s’élèvent à 39 600 € ;
en février, achat d’un nouvel agencement du magasin : 20 000 € HT, payé comptant ;
chaque mois : salaires nets 9 000 € (payés le mois même), charges sociales 4 000 € (payées le mois suivant), loyer et charges 3 000 €, autres frais (énergie, publicité) 2 000 €, remboursement d’emprunt 1 500 € ;
la TVA due de décembre (3 500 €) est payée en janvier ; trésorerie au 1er janvier : 5 000 €.
Le budget des ventes et le budget des achats
Ils passent du hors taxes au TTC et calculent la TVA, collectée sur les ventes et déductible sur les achats.
| Janvier | Février | Mars | |
|---|---|---|---|
Ventes HT | 60 000 | 50 000 | 70 000 |
TVA collectée (20 %) | 12 000 | 10 000 | 14 000 |
Ventes TTC | 72 000 | 60 000 | 84 000 |
Achats HT | 36 000 | 30 000 | 42 000 |
TVA déductible (20 %) | 7 200 | 6 000 | 8 400 |
Achats TTC | 43 200 | 36 000 | 50 400 |
Le budget de TVA
La TVA collectée sur les ventes n’appartient pas à l’entreprise : elle la reverse à l’État, après déduction de la TVA payée sur ses achats et ses investissements. Pour une entreprise soumise au régime réel normal, la TVA due d’un mois est versée le mois suivant.
TVA due = TVA collectée – TVA déductible (sur les achats et sur les investissements)
| Janvier | Février | Mars | |
|---|---|---|---|
TVA collectée | 12 000 | 10 000 | 14 000 |
– TVA déductible sur achats | 7 200 | 6 000 | 8 400 |
– TVA déductible sur investissement | – | 4 000 | – |
= TVA due | 4 800 | 0 | 5 600 |
TVA à décaisser (TVA due du mois précédent) | 3 500 | 4 800 | 0 |
La TVA due de mars (5 600 €) sera payée en avril : elle n’apparaît pas dans les décaissements du trimestre.
Le budget des encaissements
Il place chaque vente TTC au mois où le client la paie. Certaines factures sont réglées en plusieurs fois : la part comptant est encaissée le mois de la vente, le reste les mois suivants.
| Janvier | Février | Mars | |
|---|---|---|---|
Créances clients au 1er janvier | 45 000 | ||
Ventes de janvier (72 000 TTC) | 28 800 | 43 200 | |
Ventes de février (60 000 TTC) | 24 000 | 36 000 | |
Ventes de mars (84 000 TTC) | 33 600 | ||
Total des encaissements | 73 800 | 67 200 | 69 600 |
Les 60 % des ventes de mars (84 000 × 60 % = 50 400 €) seront encaissés en avril : ce sont les créances clients du 31 mars.
Le budget des décaissements
Il regroupe tous les paiements de l’entreprise (fournisseurs, salaires, organismes sociaux, État, banque, investissements), chacun au mois où il est payé et pour son montant TTC quand il porte de la TVA.
| Janvier | Février | Mars | |
|---|---|---|---|
Fournisseurs (achats TTC du mois précédent) | 39 600 | 43 200 | 36 000 |
Investissement (agencement, TTC) | 24 000 | ||
Salaires nets | 9 000 | 9 000 | 9 000 |
Charges sociales (du mois précédent) | 4 000 | 4 000 | 4 000 |
Loyer et charges | 3 000 | 3 000 | 3 000 |
Autres frais | 2 000 | 2 000 | 2 000 |
Remboursement d’emprunt | 1 500 | 1 500 | 1 500 |
TVA à décaisser | 3 500 | 4 800 | 0 |
Total des décaissements | 62 600 | 91 500 | 55 500 |
Les dotations aux amortissements n’y figurent pas : ce sont des charges sans sortie d’argent. Seul le paiement de l’agencement compte, au mois où il est réglé.
Le budget de trésorerie
| Janvier | Février | Mars | |
|---|---|---|---|
Trésorerie initiale | 5 000 | 16 200 | – 8 100 |
+ Encaissements | 73 800 | 67 200 | 69 600 |
– Décaissements | 62 600 | 91 500 | 55 500 |
= Trésorerie finale | 16 200 | – 8 100 | 6 000 |
La trésorerie finale d’un mois devient la trésorerie initiale du mois suivant.
Analyser le budget et corriger
Le budget fait apparaître une trésorerie négative fin février (– 8 100 €) : ce mois-là, les décaissements dépassent les encaissements de 24 300 €, à cause du paiement de l’agencement (24 000 € TTC). Sans lui, février se terminerait avec 15 900 € de trésorerie. Plusieurs solutions se préparent à l’avance :
décaler une dépense : payer l’agencement en mars laisse 15 900 € fin février et toujours 6 000 € fin mars ;
financer l’investissement autrement : emprunt, crédit-bail ou paiement échelonné négocié avec le fournisseur ;
négocier un découvert autorisé ou une facilité de caisse pour quelques semaines (en payant des intérêts) ;
accélérer les encaissements : obtenir une plus grande part de paiements comptant, relancer les clients, mobiliser des créances (voir le cours sur les opérations de règlement et la trésorerie).
En revanche, la TVA doit être versée à sa date et les salaires payés à leur échéance : ces décaissements ne se reportent pas.
Le contrôle budgétaire
Chaque mois, on compare le réalisé au prévu : écart = réalisé – prévu. Sur des encaissements, un écart négatif est défavorable ; sur des décaissements, c’est un écart positif qui l’est. Exemple : si les ventes de mars n’atteignent que 62 000 € HT, les encaissements de mars sont de 62 000 × 1,20 × 40 % + 36 000 = 65 760 € au lieu de 69 600 € : écart de – 3 840 €, défavorable. Le manageur en cherche la cause (fréquentation, panier moyen, météo…) et ajuste les budgets des mois suivants.
L'essentiel à retenir
- Démarche budgétaire : prévoir, chiffrer, comparer au réalisé (écart = réalisé – prévu), corriger.
- Ordre : ventes → achats → TVA (TVA due = collectée – déductible, versée le mois suivant) → encaissements → décaissements → trésorerie.
- Les budgets de trésorerie raisonnent en TTC et à la date du paiement ; les amortissements n'y figurent pas.
- Trésorerie finale = trésorerie initiale + encaissements – décaissements ; un mois négatif se prépare à l'avance (décaler une dépense, emprunt, découvert négocié, encaissements plus rapides).
Exercices auto-corrigés
Le budget de trésorerie
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Vous travaillez au sein de l'entreprise Caposud qui commercialise des prestations pour marins.
Le responsable, Monsieur Poulpe vous demande de réaliser un prévisionnel de trésorerie pour les 6 premiers mois de l'année N+ 1.
Il vous communique les données collectées et vous demande de compléter les tableaux fournis.
Document 1 : ventes prévisionnelles (en €).
Mois |
Janvier |
Février |
Mars |
Avril |
Mai |
Juin |
Ventes TTC |
11 820 |
12 300 |
14 700 |
13 560 |
14 450 |
12 800 |
En règle générale, les ventes sont réglées à 50 % comptant, le solde le mois suivant.
Document 2 : achats prévisionnels (en €).
Mois |
Janvier |
Février |
Mars |
Avril |
Mai |
Juin |
Achats TTC |
4 500 |
5 100 |
3 900 |
4 000 |
4 200 |
5 100 |
Les achats sont négociés 30% le mois d'acquisition, le solde le mois suivant.
Document 3 : renseignements divers
La TVA est à 20% pour l'ensemble des opérations.
Impôt sur les sociétés (IS):
Estimé à 4400 € pour l'année, l'entreprise doit verser l'IS en 4 acomptes les 15 mars, 15 juin, 15 septembre et 15 décembre.
Un investissement de 10 000 € HT a été réalisé et sera payé en totalité en Mars.
Un emprunt de 22 000 € a été contracté en décembre dernier, remboursé par mensualités constantes sur 4 ans (48 mensualités) au taux de 6 % l'an. La première mensualité sera remboursée le 10 Janvier N+1 (Rappel taux d'intérêt mensuel i= taux annuel / 12 et mensualité = Capital x i / (1-(1+i)-N).
Les salaires s'élèvent à 4 000 € et sont payés le 30 de chaque mois. Les charges sociales s'élèvent à 3 000 € et sont réglées le 15 du mois suivant.
La balance fin Décembre de l'année N indique :
Disponibilités : 13 400 €.
TVA à payer : 910 €
Créances clients : 4 900 €
Dettes fournisseurs : 2 400 €
Dettes sociales (charges sociales de décembre) : 3 000 €