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Cours · BTS MCO et NDRC · CEJM
Le thème 5 du programme porte sur les mutations du travail. Sa première question (5.1), économique, demande quelles sont les principales évolutions du marché du travail. L'entreprise y recrute, y fixe ses salaires et y subit les tensions ou les pénuries ; comprendre son fonctionnement (offre et demande de travail, salaire, chômage, segmentation) et ses transformations (tertiarisation, numérique, vieillissement) permet d'expliquer les choix de recrutement d'une entreprise et les politiques publiques de l'emploi qu'elle peut mobiliser.
Repères 2026
Le marché du travail est le lieu de rencontre entre l'offre de travail, émise par les ménages (les personnes qui souhaitent travailler), et la demande de travail, émise par les entreprises et les administrations (les emplois proposés). Attention au vocabulaire : ce sont les travailleurs qui offrent leur travail et les entreprises qui le demandent. Le salaire est le prix du travail.
| Acteur | Ce qui détermine son comportement |
|---|---|
| Ménages (offre) | Niveau du salaire net, âge et formation, situation familiale, revenus de remplacement (allocations), conditions de travail, préférence pour le temps libre |
| Entreprises (demande) | Coût du travail (salaire brut + cotisations patronales), productivité attendue du salarié, niveau de l'activité, prix des équipements qui peuvent remplacer le travail, flexibilité des contrats |
| État | Fixe le salaire minimum, les cotisations, la durée légale, les règles d'embauche et de rupture ; finance la formation et les aides |
Dans l'analyse de marché vue au chapitre 1.1, le salaire s'ajusterait jusqu'à égaliser offre et demande. En réalité, le marché du travail est imparfait : le salaire ne baisse pas librement (SMIC, conventions collectives, contrats), l'information est incomplète (asymétrie d'information sur les compétences du candidat et sur la qualité de l'emploi), la mobilité est limitée (logement, famille) et les qualifications ne sont pas interchangeables. Le coût du travail pour l'employeur dépasse le salaire net perçu par le salarié.
Exemple chiffré. Au 1er janvier 2026, le SMIC est de 12,02 € brut de l'heure, soit 1 823,03 € brut par mois pour 35 h. Avec des cotisations patronales de 42 %, un salarié au SMIC coûterait 1 823,03 × 1,42 = 2 588,70 € par mois ; grâce à l'allègement général de cotisations sur les bas salaires, le taux patronal effectif est bien plus faible : avec un taux simplifié de 10 %, le coût tombe à 2 005,33 €. Cet écart explique pourquoi les politiques de l'emploi agissent sur les cotisations.
Le chômage est la situation d'une personne sans emploi, disponible pour travailler et en recherche active (définition du Bureau international du travail, utilisée par l'INSEE). La population active regroupe les actifs occupés et les chômeurs ; les inactifs (étudiants, retraités, personnes au foyer) n'en font pas partie.
| Indicateur | Calcul | Exemple (chiffres simplifiés) |
|---|---|---|
| Population active | actifs occupés + chômeurs | 29 700 000 + 2 300 000 = 32 000 000 |
| Taux de chômage | chômeurs ÷ population active | 2 300 000 ÷ 32 000 000 = 7,2 % |
| Taux d'emploi | actifs occupés ÷ population de 15 à 64 ans | 29 700 000 ÷ 45 000 000 = 66,0 % |
| Taux d'activité | population active ÷ population de 15 à 64 ans | 32 000 000 ÷ 45 000 000 = 71,1 % |
| Type de chômage | Cause | Remède |
|---|---|---|
| Conjoncturel | Ralentissement de l'activité : les entreprises embauchent moins ou licencient | Politiques de soutien de la demande (chapitre 2.1), chômage partiel |
| Structurel | Inadéquation durable entre qualifications offertes et demandées, coût du travail, rigidités, localisation | Formation, apprentissage, allègements, mobilité |
| Frictionnel | Délai normal de recherche entre deux emplois | Information, intermédiation (France Travail, plateformes d'emploi) |
En France, le taux de chômage s'établit en 2026 autour de 7 à 8 % de la population active, un niveau en recul sur dix ans mais supérieur à celui de plusieurs voisins européens ; le taux d'emploi des 15-64 ans dépasse légèrement les deux tiers. Les jeunes, les moins qualifiés et certains territoires restent plus exposés. À l'inverse, des métiers en tension (industrie, bâtiment, santé, restauration, numérique) peinent à recruter : le chômage et les pénuries coexistent.
Le marché du travail n'est pas homogène : il est segmenté. On distingue un marché primaire (emplois stables, qualifiés, bien rémunérés, avec des perspectives de carrière) et un marché secondaire (emplois temporaires, moins qualifiés, moins rémunérés, à forte rotation). Les entreprises utilisent cette segmentation pour obtenir de la flexibilité.
| Segment ou forme d'emploi | Caractéristiques | Enjeu pour l'entreprise |
|---|---|---|
| CDI à temps plein | Forme normale de l'emploi, majoritaire dans le stock d'emplois | Stabilité, fidélisation, investissement en formation |
| CDD, intérim | Minoritaires dans le stock mais majoritaires dans les embauches ; concentrés sur les jeunes et les moins qualifiés | Flexibilité externe : ajuster les effectifs à l'activité |
| Temps partiel | Majoritairement féminin ; subi ou choisi | Adapter les horaires aux pics (commerce, services) |
| Apprentissage, alternance | Forte progression depuis plusieurs années | Former sa future main-d'œuvre, aides publiques |
| Qualifiés / non qualifiés | Écart croissant de taux de chômage et de salaire | Concurrence pour les talents ; automatisation des tâches non qualifiées |
| Indépendants, micro-entrepreneurs | En hausse, notamment dans les services et le numérique | Souplesse et expertise externe, mais risque de requalification en salariat (chapitre 5.2) |
| Travailleurs de plateformes | Livreurs, chauffeurs, micro-tâches ; statut d'indépendant souvent discuté | Coût variable, mais encadrement juridique en évolution |
Exemple. Les Jardins de Tessier emploient 14 salariés : 11 permanents en CDI (marché primaire local) et 3 saisonniers en CDD de mars à juin, période où la jardinerie réalise près de la moitié de son chiffre d'affaires. Les saisonniers, souvent étudiants, reviennent d'une année sur l'autre : l'entreprise combine stabilité du noyau et flexibilité externe.
Plusieurs tendances de fond transforment le marché du travail et les besoins des entreprises.
| Tendance | Description | Conséquence pour les entreprises |
|---|---|---|
| Tertiarisation | Les services représentent environ les trois quarts des emplois ; l'industrie et l'agriculture reculent en part | Compétences relationnelles et numériques ; emplois de services à la personne et aux entreprises |
| Numérique et automatisation | Disparition de tâches répétitives, création de métiers nouveaux (données, cybersécurité), transformation de tous les métiers | Besoin de formation continue ; polarisation entre emplois très qualifiés et peu qualifiés |
| Vieillissement de la population | Départs en retraite massifs, allongement de la vie active (âge légal relevé progressivement à 64 ans) | Transmission des savoir-faire, maintien dans l'emploi des seniors, pénuries dans certains métiers |
| Pénuries de main-d'œuvre | Métiers en tension malgré le chômage : inadéquation des qualifications, conditions de travail peu attractives, mobilité limitée | Hausse des salaires d'embauche, recours à l'apprentissage, amélioration des conditions, immigration de travail |
| Élévation du niveau de formation | Diplômés du supérieur plus nombreux | Attentes accrues en matière d'autonomie, de sens et d'évolution |
| Nouvelles attentes | Télétravail, équilibre des temps, utilité du travail, surtout chez les jeunes actifs | Marque employeur, organisation du travail, fidélisation |
Exemple chiffré. Grâce à ses outils numériques de conception, le bureau d'études de Vélocité conçoit désormais 120 variantes de vélos par an avec le même effectif qu'il y a cinq ans, contre 100 auparavant : la productivité a progressé de 20 %. L'entreprise n'a pas réduit ses effectifs : elle a redéployé le temps gagné vers des produits nouveaux, mais les dessinateurs ont dû se former aux nouveaux logiciels.
Les politiques de l'emploi regroupent les interventions publiques qui visent à réduire le chômage et à améliorer le fonctionnement du marché du travail. On distingue les politiques passives, qui indemnisent les chômeurs (assurance chômage) et facilitent les retraits d'activité, et les politiques actives, qui agissent sur l'offre, la demande et leur rencontre.
| Levier | Instruments | Effet recherché |
|---|---|---|
| Réduire le coût du travail | Allègements de cotisations patronales sur les salaires proches du SMIC (dégressifs), aides à l'embauche ciblées | Stimuler la demande de travail peu qualifié |
| Former et qualifier | Formation professionnelle, apprentissage et alternance (aides aux employeurs), compte personnel de formation, préparation opérationnelle à l'emploi | Réduire le chômage structurel d'inadéquation |
| Accompagner et intermédier | France Travail (qui a remplacé Pôle emploi en 2024) : inscription, accompagnement, offres, contrôle de la recherche | Réduire le chômage frictionnel, rapprocher offres et demandes |
| Inciter au retour à l'emploi | Règles de l'assurance chômage, prime d'activité, cumul emploi-allocation | Rendre le travail plus rémunérateur que l'inactivité |
| Sécuriser les parcours | Contrat de sécurisation professionnelle, formation des licenciés économiques, chômage partiel en cas de crise | Limiter les ruptures durables |
| Adapter le cadre juridique | Règles du contrat de travail, négociation collective (chapitre 5.2) | Concilier flexibilité pour les entreprises et sécurité pour les salariés |
Ces politiques ont un coût pour les finances publiques et des effets discutés : effets d'aubaine (l'entreprise aurait embauché de toute façon), substitution entre catégories de salariés, trappe à bas salaires lorsque les allègements découragent les augmentations. Leur efficacité dépend du ciblage et de la conjoncture (chapitre 2.1).
Pour l'entreprise, le marché du travail est une contrainte et une ressource. Elle y recrute, y fixe ses salaires en fonction des minima, des conventions et de la concurrence, et y ajuste ses effectifs.
Exemple. Kooma recrute des développeurs sur un segment où les candidats qualifiés sont rares : elle propose du télétravail, une formation annuelle et une participation au capital, et accepte un délai de recrutement de plusieurs mois. Les Jardins de Tessier, sur un segment peu qualifié mais saisonnier, fidélisent leurs saisonniers d'une année sur l'autre et mobilisent l'apprentissage pour former un futur responsable de pépinière.
Une question d'économie sur le marché du travail attend une réponse qui mobilise les mécanismes (offre, demande, salaire, segmentation, types de chômage) et les applique aux données du dossier, chiffres à l'appui.
Exemple rédigé. Question : expliquez pourquoi Les Jardins de Tessier peinent à recruter des saisonniers alors que le taux de chômage local atteint 8 %.
Identification : la jardinerie exprime une demande de travail saisonnière, peu qualifiée, que l'offre de travail locale ne satisfait pas malgré un chômage élevé. Mécanisme : le marché du travail est segmenté ; les emplois saisonniers relèvent du marché secondaire (CDD courts, salaire proche du SMIC, travail physique le week-end). L'offre de travail dépend du salaire net mais aussi des conditions de travail et des revenus de remplacement ; une partie des chômeurs locaux n'a pas la mobilité ou l'intérêt pour ces emplois : il s'agit d'un chômage structurel d'inadéquation, non d'un manque de demandeurs. Application : avec trois postes à pourvoir de mars à juin, l'entreprise est en concurrence avec les autres employeurs saisonniers de la région. Conclusion : la réponse ne passe pas par l'attente d'une hausse du chômage mais par l'attractivité (prime de saison, horaires annoncés tôt, hébergement ou transport) et la mobilisation de France Travail et de l'apprentissage pour constituer un vivier fidèle.
L'essentiel à retenir
Taux de chômage = chômeurs ÷ population active (actifs occupés + chômeurs) ; taux d'emploi = actifs occupés ÷ population de 15 à 64 ans ; taux d'activité = population active ÷ population de 15 à 64 ans. Exemple : 2 300 000 chômeurs pour 32 000 000 d'actifs donnent 7,2 % ; 29 700 000 actifs occupés sur 45 000 000 de 15-64 ans, un taux d'emploi de 66,0 %. Les inactifs (étudiants, retraités) ne comptent pas.
Le chômage conjoncturel vient d'un ralentissement de l'activité : les entreprises embauchent moins ; remède, soutien de la demande et chômage partiel. Le chômage structurel vient d'une inadéquation durable entre qualifications offertes et demandées, du coût du travail ou des rigidités ; remède, formation, apprentissage, allègements. Le chômage frictionnel est le délai normal entre deux emplois, réduit par l'intermédiation (France Travail).
Au 1er janvier 2026, le SMIC est de 12,02 € brut de l'heure, soit 1 823,03 € brut par mois pour 35 h. Avec des cotisations patronales de 42 %, le salarié coûterait 1 823,03 × 1,42 = 2 588,70 € par mois ; grâce à l'allègement général sur les bas salaires, avec un taux patronal simplifié de 10 %, le coût tombe à 2 005,33 €. C'est pourquoi les politiques de l'emploi agissent sur les cotisations.