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Cours · BTS MCO et NDRC · CEJM
Thème 3 du programme : l'organisation de l'activité de l'entreprise. La question 3.1 est économique : comment les facteurs économiques déterminent-ils les choix de production ? Produire suppose de choisir une combinaison de travail et de capital, de mesurer son efficacité par la productivité, de connaître ses coûts et de décider ce que l'entreprise fait elle-même et ce qu'elle confie à d'autres. Ces choix dépendent du coût des facteurs, du taux d'intérêt et des volumes attendus ; ce chapitre en donne les outils, appliqués à Vélocité, aux Jardins de Tessier et à Kooma.
Produire, c'est combiner des facteurs de production pour obtenir des biens ou des services. L'économie en distingue deux principaux. Le facteur travail est l'ensemble des heures et des compétences fournies par les personnes qui participent à la production : il se mesure en effectifs ou en heures, et se caractérise par sa qualification. Le facteur capital est l'ensemble des biens durables utilisés pour produire (capital technique fixe : bâtiments, machines, logiciels) et des biens consommés au cours de la production (capital circulant : matières premières, composants, énergie). Les ressources naturelles (terre, eau) et l'information (savoir-faire, brevets, données) complètent cette liste.
| Facteur | Chez Vélocité | Chez Les Jardins de Tessier | Chez Kooma |
|---|---|---|---|
| Travail | 85 salariés : opérateurs d'assemblage, ingénieurs du bureau d'études, commerciaux | 14 salariés dont 3 saisonniers : horticulteurs, vendeurs | 22 salariés : développeurs, commerciaux, support |
| Capital fixe | Atelier, outillage, convoyeurs, logiciels de conception | Serres, système d'arrosage, camion, terrains | Serveurs loués, ordinateurs, logiciels, algorithmes |
| Capital circulant | Cadres, batteries, moteurs, roues | Jeunes plants, terreaux, pots, eau, énergie | Capacité de calcul, frais de paiement par trajet |
L'investissement est l'achat de capital fixe. Il engage l'entreprise sur plusieurs années : son coût annuel comprend l'amortissement (répartition du prix d'achat sur la durée d'utilisation) et le coût du financement (intérêts de l'emprunt ou rémunération des fonds propres). Le taux d'intérêt est donc une donnée clé des choix de production : plus il est élevé, plus le capital coûte cher par rapport au travail.
La combinaison productive est la proportion de travail et de capital retenue pour produire une quantité donnée. Les facteurs sont en partie substituables : une même production peut être obtenue avec beaucoup de main-d'œuvre et peu de machines, ou l'inverse. Ils sont parfois complémentaires : une machine exige un opérateur formé. L'entreprise choisit la combinaison la moins coûteuse compte tenu du coût relatif des facteurs : coût du travail (salaires et cotisations) et coût du capital (amortissement et intérêts). Quand le travail devient plus cher ou plus rare, l'entreprise substitue du capital au travail ; quand le taux d'intérêt monte, elle retarde l'investissement.
Exemple. Pour assembler 8 000 vélos, Vélocité compare deux combinaisons. La combinaison A emploie 20 opérateurs (coût annuel chargé 38 000 € chacun) avec un outillage dont le coût annuel est de 120 000 € : 20 × 38 000 + 120 000 = 880 000 €. La combinaison B emploie 12 opérateurs avec une ligne semi-automatisée de 1 500 000 € amortie sur 10 ans (150 000 € par an) et financée par emprunt à 4 % (60 000 € d'intérêts la première année), soit 300 000 € de coût du capital : 12 × 38 000 + 300 000 = 756 000 €. La combinaison B est moins coûteuse de 124 000 € par an. Si le taux d'intérêt passait à 8 %, les intérêts doubleraient (120 000 €) et l'écart se réduirait à 64 000 €.
| Facteur qui évolue | Effet sur la combinaison productive |
|---|---|
| Hausse du coût du travail (salaires, cotisations) | Incitation à substituer du capital au travail : automatisation, logiciels |
| Hausse du taux d'intérêt | Le capital coûte plus cher : report des investissements, maintien d'une combinaison plus intensive en travail |
| Baisse du prix des machines, progrès technique | Investissement, hausse de la productivité du travail |
| Pénurie de main-d'œuvre qualifiée | Automatisation ou externalisation des tâches concernées |
La productivité mesure l'efficacité de la production : c'est le rapport entre la production obtenue et les facteurs utilisés. La productivité du travail se calcule par tête (production ÷ effectif) ou par heure (production ÷ heures travaillées), en volume (unités produites : productivité physique) ou en valeur (valeur ajoutée ÷ effectif). La productivité du capital rapporte la production au capital utilisé. Un gain de productivité est l'augmentation de ce rapport d'une période à l'autre : on produit autant avec moins, ou plus avec autant.
Exemple. L'atelier de Vélocité assemble 8 000 vélos avec 40 opérateurs : productivité physique de 8 000 ÷ 40 = 200 vélos par opérateur et par an. Pour l'entreprise entière, la valeur ajoutée de 5 200 000 € rapportée aux 85 salariés donne une productivité en valeur de 61 176 € par salarié. Après l'installation de nouveaux postes, l'atelier produit 9 600 vélos avec le même effectif : 240 vélos par opérateur, soit un gain de productivité de 20 %.
| Source des gains de productivité | Exemple |
|---|---|
| Investissement en capital technique | Convoyeurs et outillage à l'atelier ; serres automatisées |
| Organisation du travail | Spécialisation des postes, réduction des temps d'attente, polyvalence |
| Qualification et formation | Opérateurs formés au nouveau matériel ; développeurs expérimentés |
| Progrès technique et numérique | Logiciels de planification, algorithmes d'appariement chez Kooma |
| Effet de la taille | Étalement des coûts fixes, achats en volume (voir les économies d'échelle) |
Les gains de productivité se partagent : baisse des prix (gain pour les clients, compétitivité), hausse des salaires (motivation), hausse des profits (autofinancement, actionnaires) ou investissement. Ils expliquent l'essentiel de la croissance à long terme ; à court terme, ils peuvent réduire les besoins en main-d'œuvre dans l'activité concernée.
Les décisions de production s'appuient sur l'analyse des coûts. Les coûts fixes ne dépendent pas des quantités produites à court terme (loyers, amortissements, salaires de l'encadrement, assurances) ; les coûts variables varient avec la production (matières, énergie, main-d'œuvre directe, commissions). Le coût total est leur somme. Le coût moyen (ou coût unitaire) est le coût total divisé par la quantité ; le coût marginal est le coût de la dernière unité produite, c'est-à-dire l'augmentation du coût total pour une unité de plus.
| Quantité (vélos) | Coûts fixes | Coûts variables | Coût total | Coût moyen | Coût marginal (par vélo, sur la tranche) |
|---|---|---|---|---|---|
| 2 000 | 600 000 € | 2 400 000 € | 3 000 000 € | 1 500,00 € | – |
| 4 000 | 600 000 € | 4 700 000 € | 5 300 000 € | 1 325,00 € | 1 150,00 € |
| 6 000 | 600 000 € | 6 900 000 € | 7 500 000 € | 1 250,00 € | 1 100,00 € |
| 8 000 | 600 000 € | 9 200 000 € | 9 800 000 € | 1 225,00 € | 1 150,00 € |
| 10 000 | 600 000 € | 11 800 000 € | 12 400 000 € | 1 240,00 € | 1 300,00 € |
Lecture : le coût moyen diminue d'abord parce que les coûts fixes se répartissent sur davantage de vélos (600 000 € ÷ 2 000 = 300 € par vélo, puis 75 € à 8 000 vélos). Il remonte à 10 000 vélos parce que le coût marginal augmente : heures supplémentaires, atelier saturé, pannes plus fréquentes. L'entreprise a intérêt à produire une unité supplémentaire tant que le prix de vente dépasse le coût marginal ; le coût moyen minimal indique la taille la plus efficace de l'atelier.
Ces notions commandent plusieurs décisions : accepter ou non une commande exceptionnelle à prix réduit (elle est rentable si le prix couvre le coût marginal et si la capacité est disponible), fixer un prix de vente (qui doit couvrir le coût moyen complet à long terme), déterminer le niveau d'activité à partir duquel les coûts sont couverts.
Les économies d'échelle désignent la baisse du coût moyen lorsque la quantité produite augmente. Elles ont trois origines : l'étalement des coûts fixes sur un plus grand nombre d'unités, la spécialisation des tâches et des équipements que permet la taille, et le pouvoir de négociation sur les achats (remises de volume). Elles expliquent pourquoi les grandes entreprises peuvent vendre moins cher et pourquoi, dans certains secteurs (automobile, plateformes numériques), la concentration est forte : la taille est une barrière à l'entrée.
Exemple. Dans le tableau ci-dessus, passer de 2 000 à 8 000 vélos ramène le coût moyen de 1 500,00 € à 1 225,00 €, soit une baisse de 18,3 %. Chez Kooma, les coûts fixes de la plateforme sont les mêmes pour 1 ou 10 millions de trajets : chaque trajet supplémentaire coûte presque rien, et le coût moyen s'effondre avec le volume. C'est la logique des plateformes, qui cherchent d'abord la taille.
| Notion | Définition | Conséquence |
|---|---|---|
| Économies d'échelle | Coût moyen décroissant avec la quantité | Avantage aux grandes séries, incitation à grandir ou à se regrouper |
| Déséconomies d'échelle | Coût moyen croissant au-delà d'une certaine taille (coordination, encadrement, lourdeur) | Taille optimale, organisation en unités autonomes |
| Taille critique | Volume minimal pour être compétitif sur un marché | Barrière à l'entrée pour les nouveaux concurrents |
La chaîne de valeur (Michael Porter) décompose l'entreprise en activités qui, chacune, ajoutent de la valeur au produit et engendrent des coûts. Les activités principales participent directement à la création du produit et à sa vente ; les activités de soutien les rendent possibles. La différence entre la valeur que le client accepte de payer et le coût de l'ensemble des activités est la marge. L'outil sert à repérer les activités qui font la différence face aux concurrents (à renforcer) et celles qui coûtent sans différencier (à rationaliser ou à confier à l'extérieur).
| Catégorie | Activité | Chez Vélocité |
|---|---|---|
| Principale | Logistique interne | Réception et stockage des cadres, batteries et composants |
| Principale | Production | Assemblage des vélos, contrôle qualité |
| Principale | Logistique externe | Préparation des commandes, expédition aux magasins et aux clients en ligne |
| Principale | Marketing et ventes | Catalogue, force de vente auprès des magasins, boutique en ligne |
| Principale | Services | Garantie, pièces détachées, formation des vendeurs des magasins |
| Soutien | Infrastructure | Direction, finance, juridique, qualité |
| Soutien | Gestion des ressources humaines | Recrutement, formation, paie |
| Soutien | Développement technologique | Bureau d'études, conception des nouveaux modèles |
| Soutien | Approvisionnements | Choix et négociation avec les fournisseurs de batteries et de cadres |
Chez Vélocité, la valeur vient surtout du bureau d'études (conception) et de la relation avec les magasins (vente, services) ; l'assemblage est nécessaire mais peu différenciant. Chez Kooma, la valeur tient à l'algorithme et au réseau d'utilisateurs ; l'hébergement des serveurs est confié à un prestataire. La chaîne de valeur conduit naturellement à la question suivante : que faire soi-même et que faire faire ?
Pour chaque activité, l'entreprise choisit entre faire (réaliser en interne, avec ses propres facteurs) et faire faire (confier à une autre entreprise). L'impartition est le terme général pour le recours à un partenaire extérieur. La sous-traitance consiste à faire exécuter par une autre entreprise, selon ses instructions, une partie de la production (Vélocité fait fabriquer ses batteries en Asie). L'externalisation consiste à confier durablement à un prestataire une fonction entière, souvent auparavant assurée en interne (paie, informatique, logistique, nettoyage). Les franchises, concessions et partenariats de recherche sont d'autres formes d'impartition.
| Critère | Faire (internaliser) | Faire faire (impartition) |
|---|---|---|
| Coût | Coûts fixes élevés, coût moyen décroissant avec le volume | Coût variable, pas d'investissement ; prix du prestataire + coûts de transaction |
| Souplesse | Faible : capacité à financer même si l'activité baisse | Forte : volume ajustable, mais dépendance au prestataire |
| Maîtrise | Contrôle de la qualité, des délais, du savoir-faire | Risque de qualité, de fuite de savoir-faire, de rupture d'approvisionnement |
| Compétences | Nécessité de les posséder ou de les acquérir | Accès au savoir-faire d'un spécialiste ; recentrage sur le cœur de métier |
L'économiste Ronald Coase, puis Oliver Williamson, ont montré que le recours au marché engendre des coûts de transaction : rechercher un fournisseur, négocier et rédiger le contrat, contrôler l'exécution, régler les litiges. L'entreprise internalise une activité lorsque ces coûts de transaction dépassent les coûts d'organisation interne ; elle fait faire dans le cas inverse. Plus l'activité est spécifique (équipements dédiés, savoir-faire rare) et fréquente, plus l'internalisation est probable.
Exemple. Une batterie achetée coûte 380 € ; assemblée en interne, elle coûterait 220 € de coût variable, plus 1 800 000 € de coûts fixes annuels d'usine. Fabriquer devient moins cher à partir de 1 800 000 ÷ (380 – 220) = 11 250 batteries par an. En ajoutant 40 € de coûts de transaction par batterie achetée (contrôle qualité, suivi du fournisseur, transport), le seuil tombe à 1 800 000 ÷ (420 – 220) = 9 000 batteries. Le choix dépend donc du volume attendu, du coût des facteurs, du taux d'intérêt qui finance l'usine et des risques (dépendance, droits de douane, qualité).
Une question d'économie sur les choix de production se traite en quatre étapes. 1. Identifier la décision en jeu et les notions mobilisées (combinaison productive, productivité, coûts, économies d'échelle, faire ou faire faire). 2. Expliquer le mécanisme avec une définition courte et, si possible, une formule. 3. Appliquer au cas avec les chiffres du dossier : calculer, comparer, et interpréter le résultat. 4. Conclure en répondant à la question et en nuançant par les facteurs non chiffrés (risques, souplesse, compétences).
| Étape | Exemple rédigé : « Expliquez pourquoi Vélocité envisage d'assembler elle-même ses batteries alors qu'elle les achète moins cher à l'unité. » |
|---|---|
| Identifier | Il s'agit d'un choix entre faire et faire faire : Vélocité sous-traite aujourd'hui ses batteries et envisage d'internaliser cette activité de sa chaîne de valeur. |
| Mécanisme | Le coût d'un achat ne se limite pas au prix : il faut ajouter le transport, les droits et les coûts de transaction (contrôle, négociation, litiges). La fabrication interne supporte des coûts fixes, mais son coût moyen baisse avec le volume (économies d'échelle). |
| Application | Avec les données du dossier, le coût complet d'une batterie achetée dépasse le coût variable interne ; au-delà du seuil d'indifférence (coûts fixes ÷ écart de coût unitaire), fabriquer coûte moins cher, et l'écart grandit avec les volumes prévus. |
| Conclusion | L'internalisation est justifiée si les volumes sont atteints et si le financement de l'usine reste supportable (taux d'intérêt) ; elle réduit en outre la dépendance à un fournisseur lointain, au prix d'une rigidité des coûts à surveiller. |
Erreurs fréquentes : confondre production et productivité (un rapport) ; confondre coût moyen et coût marginal ; comparer un prix d'achat au seul coût variable interne en oubliant les coûts fixes ou les coûts de transaction ; conclure sans mentionner les critères non financiers.
L'essentiel à retenir
Le coût moyen est le coût total divisé par la quantité produite ; le coût marginal est le coût de la dernière unité, c'est-à-dire l'augmentation du coût total pour une unité de plus. Le coût moyen baisse d'abord parce que les coûts fixes se répartissent (600 000 € ÷ 2 000 = 300 € par vélo, 75 € à 8 000 vélos), puis remonte quand le coût marginal augmente. On produit une unité de plus tant que le prix dépasse le coût marginal.
Productivité physique = production ÷ effectif (ou ÷ heures) : 8 000 vélos avec 40 opérateurs = 200 vélos par opérateur. Productivité en valeur = valeur ajoutée ÷ effectif : 5 200 000 € ÷ 85 = 61 176 € par salarié. Le gain de productivité est la hausse de ce rapport : 9 600 vélos avec le même effectif, soit 240 par opérateur, font un gain de 20 %. Il se partage entre prix, salaires, profits et investissement.
On compare le coût complet de l'achat (prix + coûts de transaction : recherche, contrat, contrôle) au coût interne (coût variable + coûts fixes). Seuil d'indifférence = coûts fixes ÷ écart de coût unitaire : avec 1 800 000 € de coûts fixes, 380 € d'achat et 220 € de coût variable, fabriquer devient moins cher dès 11 250 batteries par an (9 000 avec 40 € de coûts de transaction). S'y ajoutent souplesse, maîtrise et compétences.