Mesure d'audience. Avec votre accord, ce site compte ses visites avec Google Analytics (service de la société Google, chargé par Google Tag Manager) pour connaître les pages consultées. Ces cookies sont conservés 13 mois au plus. Sans accord, aucun cookie de mesure n'est déposé et le site fonctionne de la même façon. Vous pouvez changer d'avis à tout moment avec le lien « Gestion des cookies » en bas de page.
Cours · BTS MCO et NDRC · CEJM
Thème 3 du programme : l'organisation de l'activité de l'entreprise. La question 3.2 est juridique : comment choisir une structure juridique pour l'entreprise ? Vélocité et Kooma sont des SAS, Les Jardins de Tessier une SARL : ces choix ne sont pas des hasards. Ils résultent de critères (responsabilité, capital, fiscalité, régime social du dirigeant, gouvernance, financement) confrontés aux formes que le droit propose, de l'entreprise individuelle à la société anonyme, en passant par les entreprises de l'économie sociale et solidaire. Ce chapitre donne les clés de ce choix et de son évolution.
Créer ou développer une entreprise oblige à choisir une structure juridique : le cadre légal dans lequel l'activité est exercée. Deux grandes voies existent. L'entreprise individuelle : une personne physique exerce en son nom, sans créer de personne distincte. La société : un contrat par lequel une ou plusieurs personnes mettent en commun des apports pour partager le bénéfice ; la société, une fois immatriculée au registre du commerce et des sociétés, est une personne morale dotée d'un patrimoine propre, distinct de celui des associés. Le choix se fait à partir de critères que le programme retient.
| Critère | Question à se poser | Enjeu |
|---|---|---|
| Responsabilité | Que risquent l'entrepreneur et les associés si l'entreprise ne paie pas ses dettes ? | Responsabilité limitée aux apports (SARL, SAS, SA) ou protection du patrimoine personnel (entreprise individuelle) |
| Capital et apports | Combien faut-il apporter ? Sous quelle forme (argent, biens, savoir-faire) ? | Capital minimal (SA : 37 000 €) ou libre (SARL, SAS) ; crédibilité auprès des banques |
| Fiscalité | Qui paie l'impôt sur le bénéfice : l'entrepreneur (impôt sur le revenu) ou la société (impôt sur les sociétés) ? | IS : 25 %, taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 € pour les PME ; IR : barème progressif du foyer |
| Régime social du dirigeant | Le dirigeant est-il travailleur non salarié (TNS) ou assimilé salarié ? | Niveau des cotisations et étendue de la protection |
| Gouvernance | Qui dirige, qui décide, avec quelles majorités ? | Souplesse (SAS) ou règles imposées par la loi (SARL, SA) |
| Financement | Peut-on faire entrer des investisseurs, emprunter, ouvrir le capital ? | Actions négociables (SAS, SA) ou parts sociales soumises à agrément (SARL) |
| Formalités et coûts | Quelle lourdeur de création et de fonctionnement ? | Micro-entreprise très simple ; sociétés : statuts, comptes annuels, assemblées |
Aucune forme n'est la meilleure dans l'absolu : la structure adaptée dépend du projet (seul ou à plusieurs, besoin de capitaux, risque de l'activité), de la situation personnelle du créateur et de ses perspectives de croissance. Elle peut évoluer avec l'entreprise.
L'entreprise individuelle (EI) est la forme la plus simple : l'entrepreneur exerce en son nom, décide seul, encaisse le bénéfice et est imposé à l'impôt sur le revenu dans la catégorie correspondant à son activité (bénéfices industriels et commerciaux, non commerciaux ou agricoles). Il est travailleur non salarié. Depuis 2022, un statut unique protège l'entrepreneur individuel : ses biens personnels sont séparés de plein droit de son patrimoine professionnel, et les créanciers professionnels ne peuvent saisir que ce dernier, sauf renonciation expresse (souvent demandée par les banques) ou fraude.
La micro-entreprise n'est pas une forme juridique mais un régime simplifié de l'entreprise individuelle, accessible tant que le chiffre d'affaires annuel ne dépasse pas 188 700 € pour les ventes de marchandises et 77 700 € pour les prestations de services. Pas de comptabilité complète ni de TVA en dessous des seuils de franchise ; le bénéfice imposable est calculé par un abattement forfaitaire sur le chiffre d'affaires (71 % pour les ventes, 50 % pour les services commerciaux, 34 % pour les professions libérales) ; les cotisations sociales sont un pourcentage du chiffre d'affaires encaissé.
| Caractéristique | Entreprise individuelle (régime réel) | Micro-entreprise |
|---|---|---|
| Création | Déclaration en ligne au guichet unique | Identique, gratuite, immédiate |
| Comptabilité | Comptabilité complète, charges réelles déduites | Livre des recettes ; charges non déductibles, abattement forfaitaire |
| Impôt | IR sur le bénéfice réel | IR sur le chiffre d'affaires après abattement (ou versement libératoire) |
| Cotisations | Calculées sur le bénéfice | Pourcentage du chiffre d'affaires, rien si pas d'encaissement |
| Limites | Aucune limite de chiffre d'affaires | Plafonds de chiffre d'affaires ; inadaptée aux charges lourdes |
Exemple. Un artisan réparateur de vélos en micro-entreprise réalise 150 000 € de ventes de pièces et d'accessoires : son revenu imposable est de 150 000 × (1 – 71 %) = 43 500 €, quelles que soient ses charges réelles. Si celles-ci dépassent 71 % du chiffre d'affaires, le régime micro le pénalise : il a intérêt au régime réel ou à une société.
La SARL (société à responsabilité limitée) est la forme la plus répandue chez les petites entreprises. Elle réunit de 2 à 100 associés, personnes physiques ou morales, dont la responsabilité est limitée à leurs apports ; le capital est libre et divisé en parts sociales. Elle est dirigée par un ou plusieurs gérants, obligatoirement personnes physiques, nommés par les associés. Les décisions ordinaires se prennent à la majorité des parts, les modifications des statuts à la majorité des deux tiers. La cession de parts à un tiers est soumise à l'agrément des associés, ce qui protège le caractère fermé de la société.
L'EURL (entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée) est une SARL à associé unique : elle permet à un entrepreneur seul de bénéficier de la responsabilité limitée et de la personne morale. Les Jardins de Tessier sont une SARL : M. Tessier, gérant, et son épouse en détiennent les parts.
| Caractéristique | SARL / EURL |
|---|---|
| Associés | 1 (EURL) à 100 ; responsabilité limitée aux apports |
| Capital | Libre, en numéraire ou en nature ; parts sociales |
| Direction | Gérant(s) personne(s) physique(s), associé(s) ou non |
| Fiscalité | IS de plein droit ; option possible pour l'IR (EURL : IR de plein droit si l'associé est une personne physique, option pour l'IS ; SARL de famille : option IR) |
| Régime social du gérant | Gérant majoritaire (plus de 50 % des parts avec son conjoint et ses enfants) : travailleur non salarié ; gérant minoritaire ou égalitaire rémunéré : assimilé salarié |
| Avantages et limites | Cadre sécurisant fixé par la loi, cotisations modérées du gérant majoritaire ; mais peu de souplesse, entrée d'investisseurs difficile |
La SAS (société par actions simplifiée) est devenue la forme préférée des créateurs qui prévoient de grandir. Son capital, libre, est divisé en actions ; les associés (actionnaires) n'engagent que leurs apports. Elle est dirigée par un président, personne physique ou morale, qui la représente ; les statuts organisent librement le reste : autres dirigeants, comités, majorités, clauses d'agrément, d'inaliénabilité ou d'exclusion, actions de préférence à droits de vote ou dividendes particuliers. Cette liberté statutaire explique son succès auprès des investisseurs et des start-up ; elle exige en contrepartie des statuts soignés. La SASU est une SAS à associé unique. Vélocité et Kooma sont des SAS. Le président est assimilé salarié : affilié au régime général, sans assurance chômage.
La SA (société anonyme) est la forme des grandes entreprises et des sociétés cotées : capital minimal de 37 000 €, au moins deux actionnaires (sept si la société est cotée), direction par un conseil d'administration (3 à 18 membres) avec un président et un directeur général, ou par un directoire et un conseil de surveillance ; commissaire aux comptes et règles de fonctionnement strictes destinées à protéger des actionnaires nombreux. Elle seule peut faire appel public à l'épargne.
| Caractéristique | SAS / SASU | SA |
|---|---|---|
| Capital minimal | Libre | 37 000 € |
| Associés | 1 ou plusieurs, personnes physiques ou morales | 2 au moins (7 si cotée) |
| Direction | Président ; organisation libre | Conseil d'administration ou directoire et conseil de surveillance |
| Titres | Actions, librement cessibles sauf clause | Actions, librement cessibles ; cotation possible |
| Régime social du dirigeant | Président assimilé salarié | Président et directeur général assimilés salariés |
| Fiscalité | IS (option IR possible 5 ans sous conditions) | IS |
| Usage | Start-up, PME en croissance, filiales, entreprises familiales | Grandes entreprises, sociétés cotées |
Deux critères pèsent lourd dans le choix : la fiscalité du bénéfice et le régime social du dirigeant. À l'impôt sur le revenu (IR), le bénéfice est ajouté aux autres revenus du foyer de l'entrepreneur et imposé au barème progressif, qu'il soit prélevé ou laissé dans l'entreprise. À l'impôt sur les sociétés (IS), la société paie elle-même l'impôt (25 %, taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice pour les PME) ; le dirigeant est imposé personnellement sur sa rémunération, déductible du bénéfice, et les associés sur les dividendes distribués. L'IS permet de laisser le bénéfice non distribué dans la société, faiblement imposé, pour financer les investissements.
Exemple. Une SAS réalise 60 000 € de bénéfice imposable : IS = 42 500 × 15 % + 17 500 × 25 % = 6 375 + 4 375 = 10 750 €. Le même bénéfice réalisé par un entrepreneur individuel serait imposé en totalité au barème de l'IR, avec ses autres revenus.
Le régime social du dirigeant dépend de la forme et de la place du dirigeant dans le capital. Le travailleur non salarié (TNS) (entrepreneur individuel, gérant majoritaire de SARL) cotise à la sécurité sociale des indépendants : cotisations de l'ordre de 45 % de sa rémunération nette, protection plus limitée (indemnités journalières, retraite), pas d'assurance chômage. L'assimilé salarié (président de SAS, gérant minoritaire de SARL, dirigeant de SA) relève du régime général : cotisations salariales et patronales de l'ordre de 80 % de la rémunération nette, protection équivalente à celle d'un salarié, sans assurance chômage non plus. Ces ordres de grandeur, couramment retenus, varient selon le niveau de rémunération. Pour une rémunération nette de 40 000 €, les cotisations sont d'environ 18 000 € pour un TNS et 32 000 € pour un assimilé salarié : la SARL à gérant majoritaire coûte moins cher, la SAS protège mieux.
| Dirigeant | Régime social | Coût pour l'entreprise | Protection |
|---|---|---|---|
| Entrepreneur individuel, gérant majoritaire de SARL | Travailleur non salarié | Modéré | Plus limitée ; pas de chômage |
| Président de SAS, gérant minoritaire de SARL, dirigeant de SA | Assimilé salarié | Élevé | Celle d'un salarié ; pas de chômage |
| Micro-entrepreneur | Travailleur non salarié, cotisations sur le chiffre d'affaires | Proportionnel aux encaissements | Limitée, selon les cotisations versées |
L'économie sociale et solidaire (ESS), reconnue par la loi de 2014, regroupe des entreprises dont le but n'est pas d'abord le profit : gouvernance démocratique (une personne, une voix), bénéfices majoritairement réinvestis, réserves impartageables. Elles répondent à des besoins sociaux ou collectifs et représentent une part importante de l'emploi dans certains secteurs (aide à la personne, banque mutualiste, insertion).
| Forme | Caractéristiques | Exemple |
|---|---|---|
| SCOP (société coopérative et participative) | SA, SARL ou SAS dont les salariés sont associés majoritaires : au moins 51 % du capital et 65 % des droits de vote ; dirigeant élu par les salariés ; part des bénéfices réservée aux salariés et aux réserves | Reprise d'une entreprise par ses salariés ; coopérative de production de vélos |
| SCIC (société coopérative d'intérêt collectif) | Coopérative qui associe plusieurs catégories de membres (salariés, usagers, collectivités, bénévoles) autour d'un projet d'utilité sociale | Plateforme de covoiturage rural portée par des usagers et des communes |
| Mutuelle | Société de personnes sans capital, qui assure ses membres (santé, prévoyance) sans but lucratif | Mutuelle santé d'une profession |
| Association (loi de 1901) | Groupement de personnes à but non lucratif ; peut avoir une activité économique mais ne distribue pas de bénéfices ; responsabilité des membres limitée à leur cotisation | Association d'insertion qui remet des vélos en état |
Ces formes sont choisies pour leur finalité (projet collectif, ancrage territorial) et pour leur gouvernance, non pour la rémunération du capital : elles attirent peu d'investisseurs mais fidélisent salariés et usagers, et accèdent à des financements spécifiques (subventions, prêts solidaires).
La structure choisie à la création n'est pas définitive. Trois événements conduisent souvent à la faire évoluer : la croissance (besoin de capitaux, entrée d'investisseurs), le changement de situation du dirigeant (association, départ, transmission) et la gestion du risque (passage d'une entreprise individuelle à une société). La transformation change la forme de la société sans créer une personne morale nouvelle : contrats, salariés, dettes et immatriculation continuent.
| Évolution | Procédure | Points de vigilance |
|---|---|---|
| Entreprise individuelle vers société (EURL, SASU) | Création de la société et apport ou cession du fonds | Évaluation du fonds, formalités, nouveau régime fiscal et social |
| SARL vers SAS | Décision unanime des associés ; rapport d'un commissaire à la transformation (ou du commissaire aux comptes) sur la situation de la société ; nouveaux statuts, publicité | Le gérant majoritaire TNS devient président assimilé salarié (cotisations plus élevées) ; les parts deviennent des actions ; liberté statutaire à organiser |
| Augmentation de capital | Décision des associés aux majorités prévues, souscription des nouveaux titres | Dilution des associés existants ; pacte d'associés avec les investisseurs |
| SAS vers SA | Décision des associés, capital porté à 37 000 € au minimum, mise en place des organes | Préalable à une cotation en bourse |
Exemple. Kooma, SAS, lève des fonds : les investisseurs souscrivent à une augmentation de capital et obtiennent des actions de préférence ; un pacte d'associés fixe leurs droits de regard et leurs conditions de sortie. Les Jardins de Tessier, SARL familiale, peuvent rester en SARL tant que le gérant ne cherche ni investisseur ni souplesse particulière ; l'entrée d'un partenaire extérieur ou la transmission aux enfants justifierait un passage en SAS.
Une question de droit sur la structure juridique se traite en quatre étapes. 1. Identifier la situation et le besoin : qui crée ou dirige, seul ou à plusieurs, avec quels moyens et quel projet ; quel critère est en jeu (responsabilité, fiscalité, régime social, gouvernance, financement). 2. Énoncer la règle : caractéristiques des formes concernées, conditions, majorités, régimes. 3. Appliquer au cas : confronter chaque critère important aux formes possibles, avec les chiffres du dossier si une comparaison est demandée. 4. Conclure par un choix justifié ou une réponse précise, en signalant les points à surveiller.
| Étape | Exemple rédigé : « Quelle structure conseiller à Mme Roux, qui crée seule une activité d'entretien de jardins avec des charges importantes et l'espoir de grandir ? » |
|---|---|
| Identifier | Création par une personne seule, activité de services avec des charges réelles élevées (matériel, véhicule), perspective de dépasser rapidement le plafond de chiffre d'affaires de la micro-entreprise. |
| Règle | La micro-entreprise est simple mais calcule l'impôt et les cotisations sur le chiffre d'affaires, sans déduire les charges, et s'arrête à 77 700 € de services. L'EURL (ou la SASU) est une personne morale à responsabilité limitée, qui déduit les charges et la rémunération du dirigeant, soumise à l'IS sur option ou de plein droit. |
| Application | Avec des charges supérieures à l'abattement forfaitaire, le régime micro surévalue le revenu imposable et les cotisations ; l'EURL à l'IS laisse à Mme Roux le choix de sa rémunération et permet de conserver du bénéfice faiblement imposé pour investir. |
| Conclusion | Conseiller l'EURL (gérante TNS, cotisations modérées) ou la SASU si elle privilégie la protection sociale ; la micro-entreprise ne conviendrait que pour tester l'activité quelques mois. |
Erreurs fréquentes : confondre micro-entreprise (régime) et forme juridique ; croire que la responsabilité limitée protège le dirigeant qui s'est porté caution ; oublier que SARL et SAS ont un capital libre ; confondre gérant majoritaire (TNS) et président de SAS (assimilé salarié).
L'essentiel à retenir
La SARL réunit 2 à 100 associés détenant des parts sociales, est dirigée par un gérant personne physique et la cession des parts à un tiers exige l'agrément des associés ; le gérant majoritaire est travailleur non salarié. La SAS a un capital en actions, un président assimilé salarié et des statuts libres, ce qui facilite l'entrée d'investisseurs. Toutes deux ont un capital libre, une responsabilité limitée aux apports et relèvent de l'IS.
Ce n'est pas une forme juridique mais un régime simplifié de l'entreprise individuelle, accessible jusqu'à 188 700 € de ventes ou 77 700 € de services par an. Le bénéfice imposable résulte d'un abattement forfaitaire sur le chiffre d'affaires (71 % ventes, 50 % services, 34 % libéral) et les cotisations sont un pourcentage des encaissements. Avec 150 000 € de ventes, le revenu imposable est de 43 500 €, quelles que soient les charges réelles.
Le taux normal est de 25 %, avec un taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice pour les PME. Pour 60 000 € de bénéfice : 42 500 × 15 % + 17 500 × 25 % = 6 375 + 4 375 = 10 750 €. La société paie elle-même l'impôt ; le dirigeant est imposé sur sa rémunération, déductible du bénéfice, et les associés sur les dividendes. Le bénéfice non distribué, faiblement imposé, finance les investissements.