Cours · BTS MCO et NDRC · CEJM

La régulation des activités économiques par le droit

Thème 2 du programme : la régulation de l'activité économique. Après le rôle de l'État dans la régulation économique, la question 2.2 porte sur le droit : comment les activités économiques sont-elles régulées par le droit ? La liberté d'entreprendre a pour contrepartie des règles qui protègent la concurrence, les partenaires commerciaux et les créations des entreprises. Ce chapitre présente les autorités chargées de cette régulation, le droit de la concurrence et la propriété industrielle, tels qu'ils s'appliquent à une entreprise comme Vélocité, Les Jardins de Tessier ou Kooma.

Le rôle du droit dans la régulation de l'activité économique

L'activité économique repose sur deux libertés : la liberté d'entreprendre, principe à valeur constitutionnelle, et la liberté du commerce et de l'industrie, qui permet à chacun de créer une entreprise, de choisir ses clients, ses prix et ses méthodes. Ces libertés ne sont pas absolues. Le droit fixe un ordre public économique : des règles impératives auxquelles les entreprises ne peuvent pas déroger par contrat. On distingue l'ordre public de direction, qui protège le fonctionnement du marché (droit de la concurrence, réglementation des prix dans certains secteurs), et l'ordre public de protection, qui protège les parties faibles (consommateurs, salariés, petites entreprises face aux grandes).

Réguler, c'est donc fixer les règles du jeu, surveiller leur respect et sanctionner les écarts. Le droit remplit trois fonctions : il encadre (ce qui est permis et interdit), il arbitre (les litiges entre entreprises) et il sanctionne (amendes, nullité, dommages-intérêts). Ces règles viennent du droit français (code de commerce, code de la propriété intellectuelle, code de la consommation) et du droit de l'Union européenne (traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, règlements), qui prime sur le droit national.

Objectif de la régulationRègles principalesExemple pour Vélocité
Préserver une concurrence loyale et effectiveInterdiction des ententes et des abus de position dominante, contrôle des concentrationsVélocité ne peut pas s'entendre avec ses concurrents sur les prix de vente aux magasins
Équilibrer les relations entre entreprisesPratiques restrictives : délais de paiement, revente à perte, déséquilibre significatifUn distributeur ne peut pas imposer à Vélocité un paiement à 120 jours
Protéger les concurrents contre les comportements déloyauxResponsabilité civile : dénigrement, imitation, parasitismeUn concurrent qui copie le site de Vélocité engage sa responsabilité
Récompenser l'innovation et la créationPropriété industrielle : brevet, marque, dessins et modèlesLe système de batterie de Vélocité peut être breveté pour 20 ans

Les autorités administratives indépendantes

Pour surveiller des secteurs techniques et réagir vite, l'État a confié la régulation à des autorités administratives indépendantes (AAI) : des organismes publics qui ne reçoivent pas d'ordres du gouvernement, disposent de pouvoirs d'enquête, d'injonction et de sanction, et dont les décisions peuvent être contestées devant le juge. Chacune a un domaine précis.

AutoritéDomainePouvoirs et exemples
Autorité de la concurrenceConcurrence sur tous les marchésEnquête, sanction des ententes et abus (jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires mondial), contrôle des concentrations, avis au gouvernement
AMF (Autorité des marchés financiers)Marchés financiers, épargne, sociétés cotéesVisa des opérations, surveillance des marchés, sanction des délits d'initiés et des fausses informations
CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés)Données personnellesContrôle de l'application du RGPD, mises en demeure, amendes jusqu'à 4 % du chiffre d'affaires mondial ou 20 M€
ARCEPTélécommunications, postes, distribution de la presseAttribution des fréquences, régulation des opérateurs, règlement des différends

Au niveau européen, la Commission européenne (direction générale de la concurrence) joue le rôle d'autorité de concurrence pour les pratiques qui affectent le commerce entre États membres et pour les concentrations de dimension européenne. La DGCCRF (direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), service de l'État et non AAI, contrôle les pratiques restrictives et la protection des consommateurs. Les juridictions interviennent ensuite : tribunal de commerce pour les litiges entre commerçants, tribunal judiciaire pour la propriété industrielle, cour d'appel de Paris pour les recours contre l'Autorité de la concurrence.

Les pratiques anticoncurrentielles : ententes et abus de position dominante

Les pratiques anticoncurrentielles faussent le jeu du marché dans son ensemble. Le code de commerce et le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne en interdisent deux.

L'entente est un accord ou une pratique concertée entre entreprises indépendantes qui a pour objet ou pour effet de restreindre la concurrence : fixer des prix ou des hausses communes, se répartir les clients ou les zones géographiques, limiter les quantités, exclure un concurrent (boycott), échanger des informations stratégiques. L'entente peut être écrite ou orale, entre concurrents (horizontale) ou entre un fournisseur et ses distributeurs (verticale, par exemple des prix de revente imposés). Elle est nulle et sanctionnée. Toutes les coopérations ne sont pas interdites : un groupement d'achat, un partenariat de recherche ou une filière de recyclage peuvent être autorisés s'ils apportent un progrès économique partagé avec les clients.

L'abus de position dominante suppose deux éléments. D'abord une position dominante : la capacité d'une entreprise à se comporter indépendamment de ses concurrents et de ses clients. Elle s'apprécie surtout par la part de marché (une part très élevée, de l'ordre de la moitié du marché ou plus, en est un indice fort), mais aussi par les barrières à l'entrée et le poids des concurrents. La position dominante n'est pas interdite : c'est souvent la récompense d'une meilleure efficacité. Ensuite un abus : prix prédateurs (vendre à perte pour éliminer un rival), refus de vente, ventes liées, remises de fidélité qui verrouillent les clients, prix excessifs, discrimination.

PratiqueExempleSanctions
EntenteTrois fabricants de VAE conviennent d'une hausse commune de 5 % de leurs tarifs aux magasinsNullité de l'accord ; amende jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires mondial ; dommages-intérêts aux victimes ; sanctions pénales possibles pour les dirigeants
Abus de position dominanteUn fabricant dominant refuse de livrer les magasins qui référencent VélocitéInjonction de cesser, amende jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires mondial, dommages-intérêts
Programme de clémenceUn membre de l'entente la révèle le premier à l'AutoritéExonération totale ou partielle de l'amende
Échelle de la part de marché, de 0 à 100 %. En dessous de la moitié du marché : pas de position dominante, l'entreprise reste libre de sa politique de remises. À partir de la moitié du marché ou plus : indice fort de position dominante ; les remises de fidélité qui verrouillent les clients peuvent devenir un abus. Repère à 15 % : Vélocité, 6 000 ÷ 40 000.
Schéma 1. La part de marché, indice de la position dominante : avec 6 000 VAE vendus sur un marché de 40 000, Vélocité détient 15 % et reste libre de sa politique de remises.

Exemple. Sur le marché régional des VAE vendus aux loueurs, estimé à 40 000 vélos par an, Vélocité en vend 6 000 : sa part de marché est de 6 000 ÷ 40 000 = 15 %. Elle n'est pas dominante et reste libre de sa politique de remises. Si elle détenait 60 % du marché, les mêmes remises de fidélité pourraient être qualifiées d'abus.

Le contrôle des concentrations

Une concentration est une opération par laquelle des entreprises indépendantes fusionnent, ou par laquelle une entreprise prend le contrôle d'une autre (rachat de la majorité du capital, création d'une entreprise commune). Elle n'est pas interdite : grandir permet des économies de coûts et une meilleure capacité d'innovation. Mais au-delà de certains seuils de chiffre d'affaires, elle doit être notifiée avant sa réalisation à l'Autorité de la concurrence (chiffre d'affaires mondial cumulé supérieur à 150 M€ et chiffre d'affaires en France d'au moins deux des entreprises supérieur à 50 M€) ou à la Commission européenne pour les opérations de dimension européenne. L'autorité peut autoriser l'opération, l'autoriser sous conditions (céder des magasins, des marques ou une activité) ou l'interdire si elle crée ou renforce une position dominante au détriment des clients.

Pour mesurer la concentration d'un marché, on utilise les parts de marché (ventes de l'entreprise ÷ ventes totales du marché, en volume ou en valeur), le ratio de concentration (part cumulée des quatre premiers, CR4) et l'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI), somme des carrés des parts de marché exprimées en pourcentage. Un HHI proche de 10 000 correspond à un monopole ; une forte hausse du HHI signale une opération à examiner de près.

Exemple. Un marché compte quatre entreprises dont les parts sont 38 %, 27 %, 20 %, 15 %. HHI = 38² + 27² + 20² + 15² = 2 798. Si la première rachète la troisième, les parts deviennent 58 %, 27 % et 15 % : HHI = 58² + 27² + 15² = 4 318, soit une hausse de 1 520 points. L'entreprise issue du rachat contrôlerait plus de la moitié du marché : l'autorité exigerait probablement des engagements ou interdirait l'opération.

Graphique en barres : parts de marché des quatre entreprises avant le rachat (38 %, 27 %, 20 %, 15 %) et après le rachat de la troisième par la première (58 %, 27 %, 0 %, 15 %). HHI avant : 38² + 27² + 20² + 15² = 2 798 ; après : 58² + 27² + 15² = 4 318.
Schéma 2. L’indice de Herfindahl-Hirschman (HHI), somme des carrés des parts de marché : 2 798 avant le rachat, 4 318 après (+ 1 520 points), l’entreprise issue du rachat contrôlant 58 % du marché.

Pratiques restrictives et concurrence déloyale

À côté des pratiques qui faussent le marché, le droit sanctionne les comportements qui nuisent à un partenaire ou à un concurrent en particulier.

Les pratiques restrictives de concurrence sont interdites par le code de commerce dans les relations entre professionnels, sans qu'il soit besoin de prouver un effet sur le marché. Elles sont contrôlées par la DGCCRF et jugées par les tribunaux de commerce.

Pratique restrictiveRègle
Délais de paiement abusifsMaximum 60 jours à compter de la facture, ou 45 jours fin de mois si le contrat le prévoit ; amende administrative en cas de dépassement
Revente à perteInterdiction pour un distributeur de revendre un produit en l'état à un prix inférieur à son prix d'achat effectif
Prix de revente imposéInterdiction d'imposer un prix minimal de revente ; un prix conseillé reste possible
Déséquilibre significatifInterdiction de soumettre un partenaire à des obligations créant un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties
Rupture brutale d'une relation commerciale établieObligation de respecter un préavis tenant compte de la durée de la relation ; dommages-intérêts à défaut

La concurrence déloyale n'est pas définie par un texte spécial : elle relève de la responsabilité civile (article 1240 du code civil : toute faute qui cause un dommage oblige à le réparer). La victime, qui est un concurrent, doit prouver une faute, un préjudice (perte de clientèle, atteinte à l'image) et le lien entre les deux. Le tribunal de commerce ordonne la cessation des agissements et accorde des dommages-intérêts.

Forme de concurrence déloyaleDéfinitionExemple
DénigrementJeter publiquement le discrédit sur les produits, les services ou la personne d'un concurrentUn concurrent affirme sans preuve que les batteries de Vélocité prennent feu
ConfusionImiter les signes d'un concurrent (nom commercial, site, emballage) pour tromper la clientèleUn site reprend les couleurs et la présentation de la boutique en ligne de Vélocité
DésorganisationDébaucher massivement des salariés, détourner des fichiers ou des commandesLe fichier clients des Jardins de Tessier est emporté par un ancien vendeur chez un concurrent
ParasitismeProfiter sans frais de la notoriété ou des investissements d'autrui, sans même les copierUne application se présente comme « le Kooma de la livraison »

La propriété industrielle : brevet, marque, dessins et modèles

La propriété industrielle accorde à une entreprise un monopole temporaire d'exploitation sur ses créations techniques ou commerciales, en contrepartie de leur dépôt et de leur publication. En France, l'INPI (Institut national de la propriété industrielle) reçoit les dépôts, examine les demandes et délivre les titres. Le dépôt est la condition de la protection : sans dépôt, pas de droit. Les titres sont territoriaux (un brevet français ne protège qu'en France) ; des procédures européennes et internationales permettent d'étendre la protection (brevet européen délivré par l'Office européen des brevets, brevet unitaire, marque de l'Union européenne enregistrée par l'EUIPO).

TitreObjet protégéConditionsDurée
Brevet d'inventionUne solution technique à un problème technique (produit ou procédé)Nouveauté (aucune divulgation avant le dépôt), activité inventive (non évidente pour un spécialiste), application industrielle20 ans à compter du dépôt, non renouvelables, sous réserve du paiement des annuités ; publication de la demande 18 mois après le dépôt
MarqueUn signe distinctif qui identifie des produits ou des services : mot, logo, slogan, forme, sonDistinctif (pas descriptif), licite et non trompeur, disponible (pas d'antériorité pour des produits identiques ou similaires) ; dépôt dans une ou plusieurs des 45 classes10 ans à compter du dépôt, renouvelables indéfiniment ; déchéance possible après cinq ans sans usage sérieux
Dessins et modèlesL'apparence d'un produit : lignes, contours, couleurs, forme, matièreNouveauté et caractère propre (impression visuelle différente)5 ans, renouvelables par périodes de 5 ans jusqu'à 25 ans

Le titulaire d'un titre peut l'exploiter lui-même, le céder (vente du titre) ou accorder une licence (autorisation d'exploiter contre une redevance, souvent un pourcentage du chiffre d'affaires du licencié). Exemple. Vélocité concède à un fabricant de trottinettes une licence sur son brevet de fixation de batterie, avec une redevance de 4 % d'un chiffre d'affaires annuel de 2 000 000 € : elle encaisse 80 000 € par an sans produire.

Breveter n'est pas toujours le meilleur choix. Le brevet coûte (frais de dépôt, annuités, extension à l'étranger) et oblige à publier l'invention, que les concurrents peuvent étudier. Le secret des affaires, protégé par la loi depuis 2018, couvre toute information non connue du public, ayant une valeur commerciale et faisant l'objet de mesures de protection raisonnables (clauses de confidentialité, accès restreints). Il ne coûte rien à déposer et n'a pas de durée, mais il ne protège que contre l'obtention ou la divulgation illicites : un concurrent qui redécouvre le procédé par lui-même peut l'utiliser. Une invention facile à copier à partir du produit vendu se brevette ; un procédé de fabrication invisible dans le produit peut rester secret.

Comparaison. Brevet : monopole de 20 ans à compter du dépôt ; coûte (frais de dépôt, annuités, extension à l'étranger) ; oblige à publier l'invention, que les concurrents peuvent étudier ; pour une invention facile à copier à partir du produit vendu. Secret des affaires : ne coûte rien à déposer et n'a pas de durée ; exige des mesures de protection raisonnables (clauses de confidentialité, accès restreints) ; ne protège que contre l'obtention ou la divulgation illicites : un concurrent qui redécouvre le procédé peut l'utiliser ; pour un procédé de fabrication invisible dans le produit.
Schéma 3. Breveter ou garder le secret : deux façons de protéger une invention, selon qu’elle est facile à copier ou invisible dans le produit.

Défendre ses droits : contrefaçon et actions

Un titre de propriété industrielle ne vaut que s'il est défendu. Toute exploitation sans autorisation d'un brevet, d'une marque ou d'un dessin protégé est une contrefaçon, qui ouvre deux voies.

VoieJuridictionCe que le titulaire obtient
Action civile en contrefaçonTribunal judiciaire (celui de Paris a une compétence exclusive pour les brevets)Interdiction de poursuivre sous astreinte, destruction ou rappel des produits, dommages-intérêts calculés sur le manque à gagner, les bénéfices du contrefacteur et le préjudice moral, publication du jugement
Action pénaleTribunal correctionnelJusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 300 000 € d'amende (davantage en bande organisée), saisie des produits
Mesures préalablesJuge, douanes, INPISaisie-contrefaçon pour constituer la preuve, retenue en douane des marchandises suspectes, opposition à l'INPI contre un dépôt de marque gênant dans les deux mois de sa publication

Avant le procès, le titulaire adresse souvent une mise en demeure au contrefacteur ; beaucoup de litiges se règlent par un accord (retrait, licence). L'action civile en contrefaçon se prescrit par cinq ans, comme les actions de droit commun. Inversement, un concurrent peut attaquer le titre lui-même : action en nullité d'un brevet non nouveau ou d'une marque descriptive, action en déchéance d'une marque non exploitée.

Exemple. Les Jardins de Tessier découvrent qu'une jardinerie voisine vend des terreaux sous un nom presque identique à leur marque déposée : constat par un commissaire de justice, mise en demeure, puis action en contrefaçon devant le tribunal judiciaire, complétée par une demande pour concurrence déloyale si des actes distincts (copie de la présentation des rayons) sont établis.

Processus en quatre étapes : constituer la preuve (constat par un commissaire de justice, saisie-contrefaçon) ; mise en demeure du contrefacteur, beaucoup de litiges se réglant par un accord (retrait, licence) ; action civile en contrefaçon devant le tribunal judiciaire, dans les cinq ans ; réparation : interdiction sous astreinte, destruction ou rappel des produits, dommages-intérêts, publication du jugement.
Schéma 4. La défense d’une marque contrefaite, de la preuve à la réparation : l’exemple des terreaux des Jardins de Tessier.

Méthode : répondre à une question de CEJM

Une question de CEJM sur la régulation se traite en quatre étapes. 1. Identifier et qualifier les faits avec le vocabulaire du programme : qui agit (concurrents entre eux, entreprise dominante, partenaire commercial, contrefacteur) et quel est le comportement (entente, abus, pratique restrictive, concurrence déloyale, contrefaçon). 2. Énoncer la règle : définition, conditions, autorité ou juridiction compétente, sanction. 3. Appliquer au cas : vérifier chaque condition avec les éléments du dossier, chiffres à l'appui (part de marché, seuils, durées). 4. Conclure en répondant précisément à la question et en proposant, si elle est demandée, la décision la plus adaptée pour l'entreprise.

ÉtapeExemple rédigé : « Kooma peut-elle s'opposer à l'application “Koomove”, lancée par un concurrent pour le covoiturage ? »
QualifierKooma est titulaire d'une marque enregistrée à l'INPI en classe 39 (transport). « Koomove » est un signe similaire utilisé pour des services identiques : les faits relèvent de la contrefaçon de marque par imitation.
RègleLa marque confère un monopole de 10 ans renouvelable ; toute imitation créant un risque de confusion dans l'esprit du public est une contrefaçon, sanctionnée civilement (interdiction, dommages-intérêts) devant le tribunal judiciaire.
ApplicationLes deux signes partagent la racine « Koom », visent les mêmes utilisateurs et les mêmes services ; le risque de confusion est établi, d'autant que des clients ont déjà confondu les deux applications.
ConclusionKooma peut adresser une mise en demeure, puis agir en contrefaçon pour obtenir l'interdiction et la réparation ; si le dépôt de « Koomove » est récent, elle forme d'abord opposition à l'INPI, moins coûteuse.

Les erreurs à éviter : confondre position dominante (licite) et abus (illicite) ; confondre concurrence déloyale (faute envers un concurrent, juge civil) et pratique anticoncurrentielle (atteinte au marché, Autorité de la concurrence) ; oublier que la propriété industrielle suppose un dépôt et que la protection est territoriale.

Exercices auto-corrigés

Les parts de marché des vélos à assistance électrique vendus aux magasins spécialisés


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Vélocité vend ses vélos à assistance électrique (VAE) aux magasins spécialisés. Mme Garnier, la présidente, apprend que le leader du marché, Cyclo-Alpes, projette de racheter Urbanbike. Elle vous demande, en tant qu'assistant(e) de direction, de mesurer la concentration du marché français des VAE vendus aux magasins spécialisés avant et après ce rachat (document 1) et d'en tirer les conséquences juridiques (document 2).

Le marché représente 120 000 vélos en 2026. Les parts de marché sont calculées en volume.


Document 1 : ventes de VAE aux magasins spécialisés en France (2026, en unités)

VendeurUnités vendues
Cyclo-Alpes (A)36 000
Bellevélo (B)24 000
Urbanbike (C)18 000
Rhône Cycles (D)12 000
Vélocité9 000
Sept petits fabricants (3 000 unités chacun)21 000
Marché120 000

Document 2 : chiffres d'affaires et rappels

ÉlémentContenu
Chiffre d'affaires de Cyclo-Alpes210 M€ dans le monde, dont 95 M€ en France
Chiffre d'affaires d'Urbanbike70 M€ dans le monde, dont 60 M€ en France
Seuils de notification à l'Autorité de la concurrencechiffre d'affaires mondial cumulé des entreprises concernées supérieur à 150 M€ et chiffre d'affaires en France d'au moins deux d'entre elles supérieur à 50 M€
Indice HHIsomme des carrés des parts de marché (en %) de toutes les entreprises ; il va de presque 0 (concurrence atomisée) à 10 000 (monopole)

Annexe 1 (arrondir les pourcentages et les indices à deux décimales)

QuestionRéponse
Part de marché de Vélocité (%)
Part de marché de Cyclo-Alpes (%)
Part cumulée des quatre premiers vendeurs, ou CR4 (%)
Indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) avant le rachat
Part de marché de Cyclo-Alpes après le rachat d'Urbanbike (%)
HHI après le rachat
Variation du HHI provoquée par le rachat

Questions d'analyse

Avec 45 % du marché après le rachat, Cyclo-Alpes :


D'après le document 2, le rachat d'Urbanbike par Cyclo-Alpes :




Des pratiques à qualifier autour de Kooma


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Kooma, start-up lyonnaise de covoiturage domicile-travail, se trouve confrontée en quelques mois à plusieurs situations décrites dans le document 1. Mme Diallo, cofondatrice, vous demande, en tant que stagiaire juridique, de qualifier chacune d'elles et d'indiquer la réponse adaptée.


Document 1 : cinq situations rencontrées par Kooma

SituationFaits
1Lors d'un salon, les dirigeants des trois applications de covoiturage domicile-travail présentes en France conviennent oralement de ne plus proposer de commission inférieure à 15 % « pour assainir le marché ».
2Le leader national des trajets courts (environ 70 % du marché) offre gratuitement son service pendant douze mois aux entreprises clientes de Kooma, alors que chaque trajet lui coûte 0,25 €.
3Un concurrent publie sur les réseaux sociaux : « Kooma revend vos données personnelles aux assureurs », sans aucune preuve.
4Un ancien développeur de Kooma, parti chez un concurrent, a copié avant son départ le fichier des 140 entreprises clientes et leurs conditions tarifaires.
5Une grande entreprise cliente impose dans ses conditions d'achat un paiement des abonnements à 120 jours.

Situation 1 (accord entre les trois applications sur une commission minimale de 15 %) : il s'agit :


Situation 2 (le leader national, 70 % du marché, offre gratuitement son service pendant un an aux entreprises clientes de Kooma, à perte) : il s'agit :


Situation 3 (un concurrent publie « Kooma revend vos données » sans preuve) : Kooma peut agir pour :


Situation 4 (un ancien développeur emporte le fichier des entreprises clientes chez un concurrent) : la qualification la plus adaptée est :


Situation 5 (une grande entreprise cliente impose à Kooma un délai de paiement de 120 jours) :


Pour faire cesser l'entente de la situation 1, l'autorité compétente est :


Kooma a participé quelques semaines à l'entente de la situation 1. En la dénonçant la première à l'Autorité de la concurrence, elle peut :




Breveter ou garder secret le nouveau système de batterie amovible de Vélocité


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Le bureau d'études de Vélocité a mis au point un système de fixation de batterie amovible, verrouillable sans outil, que personne ne commercialise. Mme Garnier hésite entre déposer un brevet à l'INPI ou garder l'invention secrète. Un cabinet de conseil en propriété industrielle a chiffré les deux options (document 1) ; un fabricant de trottinettes s'est déjà déclaré intéressé par une licence.

Assistant(e) de direction, vous chiffrez les deux options sur la durée de vie du brevet (20 ans) et vous préparez les arguments.


Document 1 : chiffrage du cabinet de conseil

ÉlémentValeur
Dépôt du brevet français (honoraires, recherche d'antériorité, redevances de la première année)4 200 €
Annuités de maintien en vigueur (années 2 à 20)400 € par an en moyenne, soit 19 annuités
Licence envisagéeredevance de 3 % du chiffre d'affaires du licencié, estimé à 900 000 € par an pendant 8 ans ; sans brevet, le fabricant refuse de payer une licence
Protection du secretclauses de confidentialité, accès restreint à l'atelier, sécurisation des plans : 1 500 € par an
Durée du brevet20 ans à compter du dépôt, sous réserve du paiement des annuités ; publication de la demande 18 mois après le dépôt

Annexe 1 (arrondir les montants à deux décimales)

QuestionRéponse
Coût total du brevet français sur 20 ans (€)
Coût annuel moyen du brevet (€)
Redevance annuelle attendue de la licence (€)
Redevances cumulées sur la durée de la licence (€)
Coût des mesures de protection du secret sur 20 ans (€)
Résultat net de l'option brevet sur 20 ans (redevances – coût du brevet) (€)
Avantage financier du brevet par rapport au secret sur 20 ans (€)

Questions d'analyse

Le bureau d'études veut présenter le système au salon professionnel de mars, avant le dépôt prévu en mai. Cette présentation :


Si Vélocité choisit le secret, elle est protégée par la loi sur le secret des affaires :




Le dépôt de la marque « Tessier Jardins Vivants »


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Les Jardins de Tessier lancent une gamme de plants cultivés sans pesticides, vendue en jardinerie et livrée aux paysagistes. M. Tessier veut la commercialiser sous une marque propre, « Tessier Jardins Vivants », et déposer le nom à l'INPI. Il a fait réaliser une recherche d'antériorité (document 1) et relevé les tarifs de dépôt (document 2).

Stagiaire au service administratif, vous répondez à ses questions avant le dépôt.


Document 1 : extrait de la recherche d'antériorité

Signe trouvéTitulaire et situation
JARDIN VIVANT (marque verbale)pépinière de Bretagne, déposée en 2019, classe 31 (plantes et fleurs naturelles), exploitée
TESSIER MENUISERIESARL de Valence, classe 37 (travaux de construction), sans rapport avec les plantes
VIVANT (marque figurative)éditeur de magazines, classe 16 (imprimés)

Document 2 : tarifs et règles rappelés par l'INPI

ÉlémentContenu
Dépôt en ligne d'une marque française190 € pour une classe, 40 € par classe supplémentaire
Classification de Nice45 classes de produits (1 à 34) et de services (35 à 45)
Oppositionouverte aux titulaires de droits antérieurs pendant deux mois après la publication de la demande
Durée10 ans à compter du dépôt, renouvelable indéfiniment
Déchéancepossible après cinq ans d'absence d'usage sérieux

M. Tessier avait d'abord pensé déposer simplement « Plants bio de qualité ». Ce signe :


La recherche d'antériorité révèle la marque « Jardin Vivant », déposée en 2019 en classe 31 par une pépinière bretonne et exploitée. Pour « Tessier Jardins Vivants » :


La marque doit couvrir les plantes (classe 31), les services de vente au détail (classe 35) et les services de jardinage (classe 44). D'après le document 2, le dépôt coûte :


Une fois enregistrée, la marque est protégée :


Si Les Jardins de Tessier n'exploitent pas la marque en classe 44 pendant cinq ans :


Deux ans plus tard, une jardinerie de la Drôme vend des plants sous le nom « Tessié Jardin Vivant ». M. Tessier peut :


Pour vendre ses plants en Espagne et en Italie, M. Tessier doit savoir que la marque française :







Questions fréquentes

Quelle est la différence entre entente et abus de position dominante ?

L'entente est un accord entre entreprises indépendantes qui restreint la concurrence : prix communs, partage des clients, boycott ; elle est nulle. L'abus de position dominante suppose une position dominante (part de marché de l'ordre de la moitié ou plus), licite en soi, et un abus : prix prédateurs, refus de vente, remises de fidélité. Les deux sont sanctionnés par l'Autorité de la concurrence jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires mondial.

Quelle est la différence entre brevet, marque et dessins et modèles ?

Le brevet protège une solution technique nouvelle, inventive et industrielle pendant 20 ans non renouvelables. La marque protège un signe distinctif, licite et disponible, 10 ans renouvelables indéfiniment, avec déchéance possible après cinq ans sans usage. Les dessins et modèles protègent l'apparence d'un produit 5 ans, renouvelables jusqu'à 25 ans. Tous exigent un dépôt à l'INPI et ne valent que sur le territoire du dépôt.

Comment calculer l'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) ?

Le HHI est la somme des carrés des parts de marché exprimées en pourcentage. Pour quatre entreprises à 38 %, 27 %, 20 % et 15 % : 38² + 27² + 20² + 15² = 2 798. Si la première rachète la troisième (58 %, 27 %, 15 %), il passe à 4 318, soit + 1 520 points. Un HHI proche de 10 000 correspond à un monopole ; une forte hausse signale une concentration que l'autorité examinera de près.