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Cours · BTS MCO et NDRC · CEJM
Thème 3 du programme, question 3.5 : quel financement pour l'entreprise ? Acheter avant de vendre, investir avant de produire : toute entreprise doit financer des décalages de trésorerie et des biens durables. Ce chapitre présente les deux cycles de l'activité, la lecture du bilan et du compte de résultat, l'équilibre financier (fonds de roulement, besoin en fonds de roulement, trésorerie), la capacité d'autofinancement, les modes de financement externes et leur coût.
Repères 2026
L'activité d'une entreprise s'organise en deux cycles. Le cycle d'exploitation est court et répétitif : acheter, stocker, produire, vendre, encaisser. Le cycle d'investissement est long : acquérir des biens durables (machines, bâtiments, logiciels, brevets) qui serviront plusieurs années et seront financés sur une durée comparable. Chaque cycle crée un besoin de financement : il faut payer avant d'encaisser.
| Cycle | Opérations | Besoin créé | Horizon |
|---|---|---|---|
| Exploitation | Achat de plants, stockage, vente, encaissement 45 jours plus tard aux Jardins de Tessier | Décalage entre décaissements et encaissements : stocks et créances à financer, dettes fournisseurs qui aident | Semaines ou mois, renouvelé en permanence |
| Investissement | Ligne d'assemblage de 240 000 € chez Vélocité ; développement de l'application Kooma | Sortie d'argent immédiate, retour étalé sur plusieurs années | Plusieurs années |
Règle d'équilibre. Un emploi durable (investissement) se finance par une ressource durable (capitaux propres, emprunt à long terme) ; un besoin de court terme se finance par des ressources de court terme (crédit fournisseur, découvert, affacturage). Financer une machine par un découvert, ou un stock permanent par un crédit de trois mois, expose à la cessation de paiements.
Deux documents comptables permettent de lire la situation financière. Le compte de résultat récapitule, sur un exercice (en général douze mois), les produits (ventes, subventions) et les charges (achats, salaires, amortissements, intérêts, impôt) ; leur différence est le résultat, bénéfice ou perte. Le bilan photographie à une date le patrimoine : à l'actif ce que l'entreprise possède, au passif d'où viennent les ressources.
| Actif (emplois) | Passif (ressources) |
|---|---|
| Actif immobilisé : immobilisations incorporelles (brevets, logiciels), corporelles (terrains, machines), financières (participations) | Capitaux propres : capital apporté par les associés, réserves (bénéfices conservés), résultat de l'exercice |
| Actif circulant : stocks, créances clients, trésorerie (banque, caisse) | Dettes : emprunts (long terme), dettes fournisseurs, dettes fiscales et sociales (court terme), découvert |
L'amortissement répartit le coût d'une immobilisation sur sa durée d'utilisation : une dotation annuelle est une charge du compte de résultat, mais elle ne fait pas sortir d'argent ; c'est pourquoi la trésorerie dégagée par l'activité dépasse le résultat net. Exemple. Les Jardins de Tessier achètent une serre de 90 000 € amortie sur 15 ans : chaque année, une charge de 6 000 € réduit le résultat sans sortie de trésorerie.
Trois indicateurs tirés du bilan résument l'équilibre financier.
| Indicateur | Calcul | Signification |
|---|---|---|
| Fonds de roulement (FR) | Capitaux propres + emprunts à long terme – actif immobilisé | Excédent des ressources stables sur les emplois stables ; doit être positif et couvrir le BFR |
| Besoin en fonds de roulement (BFR) | Stocks + créances clients – dettes d'exploitation (fournisseurs, fiscales et sociales) | Argent immobilisé par le cycle d'exploitation ; il augmente avec le stock, les délais clients et l'activité |
| Trésorerie nette | FR – BFR | Positive : disponibilités ; négative : découvert ou crédits de trésorerie |
Exemple. Une jardinerie présente 180 000 € de stocks, 60 000 € de créances et 95 000 € de dettes d'exploitation : BFR = 180 000 + 60 000 – 95 000 = 145 000 €. Avec 300 000 € de capitaux propres, 150 000 € d'emprunts à long terme et 310 000 € d'immobilisations, FR = 140 000 €. Trésorerie = 140 000 – 145 000 = -5 000 € : l'entreprise est à découvert alors qu'elle peut être rentable. Pour rétablir l'équilibre, elle peut augmenter le FR (apport, emprunt long) ou réduire le BFR (stock plus faible, délais clients plus courts, délais fournisseurs négociés).
Le BFR s'exprime souvent en jours de chiffre d'affaires (BFR ÷ CA × 360) pour comparer d'une année à l'autre : ici, avec 1,5 M€ de chiffre d'affaires, 145 000 ÷ 1 500 000 × 360 = 34,8 jours.
Le premier financement vient de l'entreprise elle-même. La capacité d'autofinancement (CAF) mesure les ressources dégagées par l'activité au cours d'un exercice : CAF = résultat net + dotations aux amortissements et provisions – reprises – plus-values de cession. L'autofinancement est la part de la CAF conservée après distribution des dividendes aux associés.
| Élément | Montant (exemple) | Commentaire |
|---|---|---|
| Résultat net | 120 000 € | Bénéfice après impôt sur les sociétés |
| + Dotations aux amortissements | 85 000 € | Charges sans décaissement |
| – Plus-value de cession | 5 000 € | Produit exceptionnel, hors activité courante |
| = CAF | 200 000 € | Ressource interne de l'exercice |
| – Dividendes | 40 000 € | Rémunération des associés |
| = Autofinancement | 160 000 € | Disponible pour investir ou rembourser |
L'autofinancement est gratuit en apparence (pas d'intérêts, pas de dilution du capital) et préserve l'indépendance ; mais il est limité par la rentabilité, prive les associés de revenus et peut retarder des investissements nécessaires. Les banques mesurent la capacité de remboursement : dettes financières ÷ CAF, exprimée en années ; au-delà de 3 à 4 ans, elles hésitent à prêter davantage.
Quand l'autofinancement ne suffit pas, l'entreprise se tourne vers des financements externes, en fonds propres ou par endettement, de long ou de court terme.
| Mode | Nature | Avantages | Limites | Adapté à |
|---|---|---|---|---|
| Apports en capital (associés, capital-risque, bourse pour les grandes sociétés) | Fonds propres | Pas de remboursement, pas d'intérêts, renforce la solidité | Dilution du pouvoir des fondateurs, dividendes attendus | Création, start-up, projets risqués (Kooma) |
| Emprunt bancaire | Dette à moyen ou long terme | Garde le contrôle ; intérêts déductibles | Intérêts, remboursement fixe, garanties exigées, capacité de remboursement limitée | Entreprises établies avec CAF (Vélocité) |
| Crédit-bail (leasing) | Location avec option d'achat | Finance 100 % du bien sans garantie ; loyers déductibles | Coût total plus élevé ; l'entreprise n'est pas propriétaire | Matériel, véhicules, informatique |
| Subventions | Ressource définitive | Ni remboursement ni rémunération | Conditions, dossiers, contrôle de l'emploi des fonds | Innovation, relocalisation, transition écologique |
| Financement participatif | Don, prêt ou capital via une plateforme | Notoriété, communauté | Montants limités, communication exigeante | Projets à forte image |
| Crédit fournisseur, découvert, affacturage | Court terme | Souplesse, rapidité | Coût élevé, révocable, ne finance pas l'investissement | Cycle d'exploitation, saisonnalité (Jardins de Tessier) |
Exemple. Pour son usine de 3,8 M€, Vélocité combinera autofinancement, augmentation de capital ouverte à un investisseur, subvention à la relocalisation et emprunt bancaire ; Kooma, déficitaire, lèvera des fonds propres ; les Jardins de Tessier couvriront leur pointe de printemps par un crédit de campagne et l'affacturage des créances sur les collectivités.
Tout financement a un coût, explicite ou non. Le coût de la dette est le taux d'intérêt, réduit par la déductibilité fiscale des intérêts (à l'impôt sur les sociétés de 25 %, un taux de 4 % revient à 4 × (1 – 0,25) = 3,0 % après impôt). Le coût des fonds propres est la rentabilité attendue par les associés, plus élevée car ils supportent le risque. Le crédit-bail se chiffre par la somme des loyers et de l'option d'achat.
| Emprunt de 100 000 € sur 4 ans | Taux 3 % | Taux 5 % |
|---|---|---|
| Annuité constante | 26 902,70 € | 28 201,18 € |
| Total remboursé | 107 610,82 € | 112 804,73 € |
| Intérêts totaux | 7 610,82 € | 12 804,73 € |
L'annuité constante se calcule : capital × taux ÷ (1 – (1 + taux)^–durée). Deux points de taux en plus coûtent ici 5 193,91 € d'intérêts supplémentaires sur quatre ans. Le taux dépend du taux directeur de la BCE, du risque de l'emprunteur et des garanties offertes ; c'est pourquoi la politique monétaire influence directement l'investissement des entreprises.
L'effet de levier. S'endetter est intéressant tant que la rentabilité de l'investissement dépasse le coût de la dette : un projet qui rapporte 9 % financé à 4 % enrichit les associés ; s'il ne rapporte que 2 %, la dette appauvrit (effet de massue). Le choix du financement est donc indissociable de la rentabilité attendue du projet.
Une question de financement combine presque toujours un calcul et une argumentation. Exemple : « À partir du bilan, expliquez pourquoi les Jardins de Tessier sont à découvert et proposez des solutions. »
| Étape | Contenu de la réponse |
|---|---|
| 1. Identifier et qualifier | Le problème est un problème de trésorerie, non de rentabilité ; il concerne le cycle d'exploitation (stock de plants, créances sur les collectivités). |
| 2. Énoncer le mécanisme | Trésorerie = fonds de roulement – BFR ; le BFR dépend des stocks, des délais clients et fournisseurs ; une activité saisonnière gonfle le BFR au printemps. |
| 3. Appliquer au cas | Calculer FR, BFR et trésorerie avec les chiffres du bilan ; montrer que le BFR dépasse le FR ; exprimer le stock en jours de chiffre d'affaires pour en montrer le poids. |
| 4. Conclure et proposer | Réduire le BFR (stock, acomptes, relance des collectivités, affacturage) et/ou renforcer le FR (emprunt à moyen terme, apport) ; écarter le découvert permanent, inadapté à un besoin structurel. |
Exemple rédigé (extrait). « Les Jardins de Tessier dégagent un bénéfice mais leur compte est débiteur : le problème est financier et non économique. Le besoin en fonds de roulement, somme des stocks et des créances diminuée des dettes d'exploitation, s'élève à 260 000 €, alors que le fonds de roulement n'est que de 130 000 € ; la trésorerie nette ressort donc à – 130 000 €, ce qui correspond au découvert. Le stock représente près de deux mois de ventes : c'est lui qui immobilise la trésorerie. L'entreprise doit agir sur les deux termes : réduire le BFR en négociant des acomptes avec les collectivités et en limitant le stock de printemps, et consolider le fonds de roulement par un emprunt à moyen terme, plutôt que de reconduire chaque année un découvert coûteux. »
Conseils : poser les formules avant les chiffres ; vérifier la cohérence des unités et des signes ; distinguer toujours rentabilité (compte de résultat) et trésorerie (bilan) ; proposer des solutions adaptées à la durée du besoin.
L'essentiel à retenir
Fonds de roulement = capitaux propres + emprunts à long terme – actif immobilisé ; BFR = stocks + créances clients – dettes d'exploitation ; trésorerie nette = FR – BFR. Exemple : avec 145 000 € de BFR et 140 000 € de FR, la trésorerie ressort à – 5 000 € : l'entreprise est à découvert alors qu'elle peut être rentable. Le BFR s'exprime aussi en jours de chiffre d'affaires (BFR ÷ CA × 360).
La CAF mesure les ressources dégagées par l'activité sur un exercice : résultat net + dotations aux amortissements et provisions – reprises – plus-values de cession. L'autofinancement est la part de la CAF conservée après distribution des dividendes : 200 000 € de CAF moins 40 000 € de dividendes laissent 160 000 € pour investir ou rembourser. Les banques rapportent les dettes financières à la CAF : au-delà de 3 à 4 ans, elles hésitent à prêter.
L'emprunt bancaire est une dette à moyen ou long terme : l'entreprise garde le contrôle et déduit les intérêts, mais rembourse à échéances fixes et fournit des garanties. Le crédit-bail est une location avec option d'achat : il finance 100 % du bien sans garantie et les loyers sont déductibles, mais le coût total est plus élevé et l'entreprise n'est pas propriétaire. À l'IS de 25 %, un taux de 4 % revient à 3 % après impôt.