Mesure d'audience. Avec votre accord, ce site compte ses visites avec Google Analytics (service de la société Google, chargé par Google Tag Manager) pour connaître les pages consultées. Ces cookies sont conservés 13 mois au plus. Sans accord, aucun cookie de mesure n'est déposé et le site fonctionne de la même façon. Vous pouvez changer d'avis à tout moment avec le lien « Gestion des cookies » en bas de page.
Cours · BTS MCO · Bloc 4
Objectifs, clients, horaires, promiscuité en réserve : une équipe commerciale connaît des tensions. Le manager doit savoir repérer un conflit et le résoudre, prévenir les risques psychosociaux dont l'employeur est responsable, lire les indicateurs qui les révèlent et réagir à une situation de crise. Ce chapitre présente les principes généraux ; les procédures précises relèvent de la direction et des ressources humaines.
Un conflit est une opposition entre des personnes ou des groupes dont les intérêts, les besoins ou les valeurs paraissent incompatibles. Il n'est pas anormal dans une équipe commerciale, soumise aux objectifs, aux clients et aux horaires ; ce qui compte, c'est de le repérer tôt et de le traiter. On distingue les conflits selon les personnes qu'ils opposent et selon leurs causes.
| Type de conflit | Qui s'oppose | Exemple en unité commerciale |
|---|---|---|
| Interpersonnel | Deux collaborateurs | Deux vendeurs qui se disputent les clients « intéressants » |
| Intra-équipe | Un sous-groupe contre un autre | Les anciens contre les nouveaux, la vente contre la caisse |
| Hiérarchique | Un collaborateur et son manager | Refus répété d'un planning jugé injuste |
| Inter-services | Deux équipes ou secteurs | Le drive accuse les rayons de ne pas préparer les commandes à temps |
| Avec un tiers | Un salarié et un client ou un fournisseur | Réclamation qui dégénère en altercation |
| Cause | Description | Signal d'alerte |
|---|---|---|
| Organisation | Rôles flous, règles d'attribution imprécises, charge mal répartie, objectifs contradictoires | « Ce n'est pas mon travail », tâches oubliées, doublons |
| Ressources | Manque de personnel, de stock, de matériel, de temps | Tensions aux heures de pointe, retards de mise en rayon |
| Communication | Information qui ne circule pas, consignes contradictoires, rumeurs | « On ne nous dit rien », messages mal interprétés |
| Valeurs et personnes | Différences de génération, de rythme, de rapport au client | Remarques personnelles, clans, silences |
| Reconnaissance | Sentiment d'injustice sur les primes, les horaires, les félicitations | Comparaisons permanentes, démotivation |
Le manager observe les signaux faibles : baisse de la coopération, absences qui coïncident, remarques devant les clients, demandes de changement de rayon. Un conflit ignoré s'étend à l'équipe et touche le client : il se voit dans l'accueil, le taux de transformation et les avis en ligne.
La résolution suit des étapes ; sauter l'une d'elles, en particulier l'écoute, fait échouer la suite.
| Méthode | Principe | Quand l'utiliser |
|---|---|---|
| Négociation | Les parties cherchent elles-mêmes un compromis | Conflit naissant entre adultes de bonne foi |
| Médiation | Un tiers neutre (le manager, un collègue reconnu) aide les parties à trouver leur solution, sans décider à leur place | Conflit installé, parties qui acceptent de dialoguer |
| Arbitrage | Le manager tranche et impose une décision | Échec de la médiation, urgence, faute, intérêt du magasin ou des clients |
| Recours | Direction, ressources humaines, CSE, médecin du travail | Conflit avec le manager lui-même, soupçon de harcèlement |
La méthode DESC structure la prise de parole face à un comportement à faire cesser : Décrire les faits (précis, datés, sans jugement), Exprimer son ressenti ou l'effet sur l'équipe et les clients, Spécifier la solution attendue, Conclure sur les conséquences positives (et, si nécessaire, négatives). Exemple chez Bricomat Vitrolles : « Mardi et jeudi, les commandes du drive de 11 h n'étaient pas préparées à 11 h 30 (D). Les clients ont attendu et l'équipe du drive a dû venir en rayon (E). Je vous demande de préparer les commandes dès réception du bon, avant la mise en rayon (S). Les clients seront servis à l'heure et le drive n'aura plus à vous solliciter (C). »
Les risques psychosociaux (RPS) sont les risques pour la santé mentale, physique et sociale engendrés par les conditions d'emploi et les facteurs organisationnels et relationnels du travail. Ils ne sont pas une fragilité individuelle : ils naissent de l'organisation et des relations.
| Risque | Définition | Exemple en magasin |
|---|---|---|
| Stress | Déséquilibre entre ce qui est demandé au salarié et les ressources dont il dispose pour y faire face | Tenir seul un rayon et la caisse un samedi de décembre |
| Harcèlement moral | Agissements répétés qui dégradent les conditions de travail et portent atteinte aux droits, à la dignité, à la santé ou à l'avenir professionnel | Remarques humiliantes répétées d'un responsable devant l'équipe |
| Harcèlement sexuel | Propos ou comportements à connotation sexuelle répétés, ou pression grave en vue d'obtenir un acte sexuel | Remarques insistantes d'un collègue sur la tenue d'une vendeuse |
| Violence externe | Insultes, menaces, agressions de la part de clients ou de tiers | Client qui menace un hôte de caisse ; vol à main armée |
| Violence interne | Agressions verbales ou physiques entre salariés | Altercation entre deux vendeurs en réserve |
| Épuisement professionnel (burn-out) | Épuisement physique et émotionnel lié à un stress prolongé | Responsable de rayon sans remplaçant pendant six mois |
Les facteurs de risque se regroupent en six familles : intensité et temps de travail (objectifs, horaires, interruptions), exigences émotionnelles (clients difficiles, sourire imposé), manque d'autonomie, rapports sociaux dégradés (soutien, reconnaissance, conflits), conflits de valeurs (vendre un produit que l'on juge inutile) et insécurité de la situation de travail (contrats précaires, changements non expliqués). Le commerce cumule souvent les deux premières.
L'employeur a une obligation de sécurité : il doit prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et mentale des salariés, prévenir les risques, y compris psychosociaux, et faire cesser le harcèlement dès qu'il en a connaissance. Cette obligation est une obligation de moyens renforcée : l'employeur doit prouver qu'il a agi. Le salarié a lui aussi l'obligation de prendre soin de sa santé et de celle des autres, et il dispose d'un droit d'alerte et de retrait face à un danger grave et imminent.
| Niveau de prévention | Objectif | Exemples d'actions |
|---|---|---|
| Primaire | Supprimer ou réduire le risque à la source | Renfort aux heures de pointe, règles d'attribution claires, planning prévisible, objectifs réalistes |
| Secondaire | Aider les salariés à faire face | Formation à la gestion des clients difficiles, procédure en cas d'agression, soutien du manager |
| Tertiaire | Prendre en charge les salariés atteints | Accompagnement après une agression, aménagement du poste, orientation vers le médecin du travail |
| Acteur | Rôle |
|---|---|
| Employeur et manager | Évaluer les risques dans le DUERP (chapitre 1), agir, informer, former ; le manager repère, écoute, signale et applique les mesures |
| CSE | Contribue à l'évaluation des risques, alerte, enquête ; désigne un référent harcèlement sexuel et agissements sexistes |
| Référent harcèlement de l'entreprise | Obligatoire dans les entreprises d'au moins 250 salariés ; oriente, informe, accompagne |
| Médecine du travail | Suivi de la santé, conseil à l'employeur, visite à la demande du salarié ou de l'employeur |
Le DUERP doit intégrer les RPS : pour chaque unité de travail (caisse, vente, réserve, drive), les facteurs de risque identifiés, leur gravité et leur fréquence, les mesures existantes et le plan d'action. Chez Décor&Sens (14 salariés), il est mis à jour au moins chaque année et après tout événement grave ; chez Optique Lavande (5 salariés), il existe aussi, dès le premier salarié.
Les RPS se mesurent indirectement, par des indicateurs suivis dans le temps et comparés entre unités. Aucun ne suffit seul ; c'est leur évolution conjointe qui alerte.
| Famille | Indicateur | Calcul ou source |
|---|---|---|
| Fonctionnement | Taux d'absentéisme (chapitre 2) | heures d'absence ÷ heures théoriques |
| Fonctionnement | Taux de rotation (chapitre 5) | [(entrées + sorties) ÷ 2] ÷ effectif |
| Fonctionnement | Retards, heures supplémentaires, congés non pris | Logiciel de planning, badgeuse |
| Santé et sécurité | Taux de fréquence des accidents du travail | accidents avec arrêt × 1 000 000 ÷ heures travaillées |
| Santé et sécurité | Visites spontanées à la médecine du travail, inaptitudes | Médecine du travail (données anonymisées) |
| Relations | Signalements, alertes du CSE, sanctions, conflits traités | Registre des signalements |
| Clients | Réclamations sur l'accueil, avis en ligne négatifs | Service client, plateformes d'avis |
| Perception | Enquête de climat social (chapitre 7) | Questionnaire anonyme annuel |
Exemple : Décor&Sens, après la fermeture d'une caisse sur deux en semaine.
| Indicateur | 2025 | 2026 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Taux d'absentéisme | 3,9 % | 5,2 % | + 1,3 points |
| Taux de rotation | 10,7 % | 17,9 % | + 7,2 points |
| Retards (par salarié et par mois) | 0,8 | 1,9 | + 1,1 |
| Réclamations clients visant l'accueil (par mois) | 2,0 | 5,0 | + 3,0 |
Lecture. Les quatre indicateurs se dégradent la même année, après une décision d'organisation. Le taux d'absentéisme gagne 1,3 points et le taux de rotation 7,2 points ; les réclamations sur l'accueil font plus que doubler. Avant d'incriminer des personnes, Mme Carlier revoit l'organisation de la caisse. Un indicateur se lit toujours avec son contexte : un taux de rotation élevé dans une équipe d'étudiants n'a pas le même sens que dans une équipe stable.
Une situation de crise est un événement soudain, grave, qui perturbe le fonctionnement de l'unité commerciale et menace les personnes, les biens ou l'image : agression ou vol à main armée, accident grave d'un client ou d'un salarié, incendie, panne informatique bloquant les caisses, rumeur ou vidéo virale sur les réseaux sociaux, intempérie, intoxication. Elle se gère en trois temps : avant, pendant, après.
| Temps | Actions | Responsable |
|---|---|---|
| Avant : prévenir et préparer | Identifier les scénarios dans le DUERP ; rédiger des fiches réflexes (qui appelle qui, où se mettre à l'abri, que dire) ; former l'équipe ; tester (exercice d'évacuation) ; tenir à jour les numéros utiles | Directeur, manager, CSE |
| Pendant : protéger et décider | Mettre les personnes en sécurité ; alerter les secours ; constituer la cellule de crise (directeur, adjoint, responsable sécurité) ; décider (fermeture, évacuation, mode dégradé) ; communiquer en interne, puis à l'extérieur, d'une seule voix | Cellule de crise |
| Après : accompagner et tirer les leçons | Prendre en charge les salariés touchés (écoute, médecin du travail, soutien psychologique) ; déclarer (accident du travail, assurance, dépôt de plainte) ; informer l'équipe ; analyser et mettre à jour le DUERP et les fiches réflexes | Directeur, manager, ressources humaines |
La communication de crise suit des règles : un seul porte-parole (le directeur), des faits vérifiés, pas de spéculation, une information rapide de l'équipe avant les clients et la presse, une réponse factuelle et calme sur les réseaux sociaux. Exemple : une vidéo d'un client filmant une altercation à l'accueil de Bricomat Vitrolles circule en ligne ; la cellule de crise vérifie les faits, soutient le salarié, répond publiquement en une phrase (regret, prise en charge, contact direct) et briefe l'équipe le jour même pour qu'elle ne réponde pas en ligne à titre personnel.
Le manager de proximité est le premier acteur de la prévention : il voit l'équipe tous les jours, et son comportement est lui-même un facteur de risque ou de protection.
| Au quotidien | Face à un signal | Face à un fait grave |
|---|---|---|
| Donner des consignes claires et des règles stables (attribution des ventes, pauses, planning connu à l'avance) ; reconnaître le travail ; répartir la charge ; être présent aux heures de pointe | Écouter sans minimiser ; noter les faits ; proposer un entretien ; orienter vers le médecin du travail ; informer sa hiérarchie | Protéger la personne ; ne pas mener seul une enquête sur un harcèlement ; signaler immédiatement à la direction et au référent ; consigner par écrit ; ne jamais exercer de représailles contre un salarié qui signale |
Exemple. Chez Bricomat Vitrolles, un chef de secteur remarque qu'une vendeuse du drive, d'ordinaire ponctuelle, multiplie les retards et évite un collègue. Il la reçoit, écoute, note les faits qu'elle rapporte (remarques déplacées répétées) et, sans conclure lui-même à un harcèlement, informe le directeur et le référent du CSE le jour même ; la vendeuse est reçue par le médecin du travail à sa demande. Le secteur ajuste les binômes en attendant les conclusions de l'enquête interne.
Erreurs fréquentes : attendre que « ça se tasse » ; régler un conflit par message ou devant les clients ; promettre la confidentialité absolue sur des faits qui doivent être signalés ; confondre exigence (objectifs, consignes) et pression constante ; oublier de suivre un accord conclu.
L'essentiel à retenir
DESC structure la prise de parole face à un comportement à faire cesser : Décrire les faits (précis, datés, sans jugement), Exprimer son ressenti ou l'effet sur l'équipe et les clients, Spécifier la solution attendue, Conclure sur les conséquences positives et, si nécessaire, négatives. Elle s'inscrit dans une résolution en cinq étapes : écouter séparément, analyser, confronter dans un cadre, formaliser l'accord, suivre.
Les RPS regroupent le stress, le harcèlement moral et sexuel, les violences externes et internes et le burn-out ; ils naissent de l'organisation et des relations, non d'une fragilité individuelle. L'employeur a une obligation de sécurité (de moyens renforcée) : évaluer les risques dans le DUERP, prévenir (primaire, secondaire, tertiaire) et faire cesser le harcèlement dès qu'il en a connaissance, avec le CSE et le médecin du travail.
Dans la médiation, un tiers neutre (le manager ou un collègue reconnu) aide les parties à trouver leur solution sans décider à leur place ; elle convient à un conflit installé, si les parties acceptent de dialoguer. Dans l'arbitrage, le manager tranche et impose une décision : échec de la médiation, urgence, faute, intérêt du magasin ou des clients. Conflit avec le manager lui-même ou soupçon de harcèlement : recours à la direction ou au CSE.